Panorama

La Douane d’Ouzbékistan intensifie sa transformation numérique

2 mars 2026
Par Dr Akmalkhuja Yusupovich Mavlonov, président du comité douanier, ministère des finances et de l’économie, République d’Ouzbékistan

Les objectifs établis par l’Ouzbékistan en matière de politique économique extérieure sont d’augmenter le volume des exportations, d’accroître le nombre d’entreprises exportatrices, d’augmenter la part des produits finis et semi-finis dans les exportations totales, et de renforcer la présence internationale des marques ouzbèkes, en particulier sur les marchés européens par l’intermédiaire du système de préférences généralisées plus (SPG+) de l’Union européenne et d’autres régimes commerciaux.

Pays doublement enclavé (puisqu’il est entouré d’autres pays enclavés), sans accès direct au transport maritime, l’Ouzbékistan doit relever des défis bien particuliers pour atteindre ces objectifs, notamment sa dépendance à l’égard des pays de transit, des coûts de transaction élevés et des goulets d’étranglement dans les infrastructures.

Dans ce contexte, depuis 2020 et l’adhésion du pays à la Convention internationale pour la simplification et l’harmonisation des régimes douaniers (Convention de Kyoto révisée), la Douane ouzbèke a lancé une série de réformes (voir l’article publié dans le no 96 d’OMD actu intitulé « Réforme douanière : le parcours de la douane d’Ouzbékistan ») et a érigé la transformation numérique des processus douaniers au rang de priorité absolue.

Résoudre les problèmes systémiques

Avant 2020, le système douanier d’Ouzbékistan connaissait plusieurs problèmes systémiques.

  • Procédures sur papier : certaines étapes du dédouanement reposaient sur des documents papier, ce qui augmentait non seulement le temps nécessaire pour dédouaner les marchandises (en moyenne 4 heures et 38 minutes), mais aussi les risques de corruption. Avec seulement 26 points, l’Ouzbékistan se classait 146e sur 180 pays dans l’indice de perception de la corruption 2020 publié par Transparency International.
  • Procédures complexes : la complexité des procédures douanières engendrait des coûts supplémentaires pour les opérateurs du commerce extérieur. Selon la Banque mondiale, il fallait compter respectivement 96 et 150 heures pour préparer les documents nécessaires aux exportations et aux importations[1].
  • Gestion des risques inefficace : en raison du sous-développement du système de gestion des risques, 70 % de l’ensemble du fret faisait l’objet d’une inspection physique, ce qui provoquait des files aux postes de douane et faisait le lit de la corruption.

Cap sur le numérique

De 2020 à 2024, l’administration douanière n’a eu de cesse de numériser ses processus. Le 5 février 2021, le cabinet des ministres a adopté la résolution portant approbation du règlement relatif à la procédure de réalisation des audits douaniers, ce qui a conduit à la création du département des audits douaniers. Les effectifs ont été doublés au sein de ce département, qui a été doté d’une équipe solide d’agents possédant des connaissances approfondies en science des données, en technologies d’intelligence artificielle et en législation douanière.

Ces spécialistes ont déjà mis au point 176 logiciels, dont 37 systèmes d’information automatisés, 41 services interactifs et 11 applications mobiles. Le Modèle de données de l’OMD a servi de cadre sous-jacent aux fins d’harmonisation des données et d’échange d’informations avec les systèmes informatiques gérés par d’autres organismes ou dans d’autres pays.

Pour inciter financièrement les chercheurs à travailler à la mise au point de modèles d’analyse et à leur test avec l’administration douanière, l’Agence pour le développement innovant a créé des projets subventionnés. Cette approche contribue non seulement à améliorer les modèles existants, mais facilite aussi la mise au point de nouvelles méthodes de détection plus efficaces.

Simplifier les exportations

Le lancement du système d’information électronique « L’exportation en trois étapes » a constitué une réalisation majeure en 2024. Ce système a radicalement simplifié les procédures d’exportation, remplaçant l’ancienne procédure de dédouanement en neuf étapes par une procédure intégrée en trois étapes :

  • Étape 1 : Rédaction du contrat d’exportation.
  • Étape 2 : Génération automatique de la déclaration d’exportation par la saisie des documents d’expédition.
  • Étape 3 : Dédouanement et contrôle des exportations au poste de douane frontalier.

Ces nouvelles procédures ont eu des incidences considérables : le nombre d’acteurs commerciaux actifs à l’exportation a augmenté de 4 % en 2025, avec 375 nouvelles organisations qui ont accédé aux marchés internationaux. Les exportations de produits alimentaires ont augmenté de 37 %, celles de métaux et de produits métalliques de 30 %, et celles de produits de l’industrie chimique de 34 %.

En outre, le temps moyen nécessaire à l’accomplissement des formalités douanières et des formalités relatives au commerce extérieur est passé d’un jour à une heure. Dans le même temps, les coûts liés à l’exportation ont diminué de 35 % en moyenne.

Pour les représentants des organisations exportatrices, les principaux atouts du nouveau système sont sa transparence, sa rapidité et sa facilité d’utilisation. Lors d’une enquête menée à la fin de l’année 2024, 87 % des personnes interrogées ont dit être bien plus satisfaites qu’avant des procédures douanières.

Automatiser le dédouanement

Pour accélérer le dédouanement et réduire le pouvoir d’appréciation laissé aux agents des douanes, un système de dédouanement automatique a été lancé en mode test en septembre 2022 ; ce système est devenu pleinement opérationnel à partir d’avril 2025.

Le système fonctionne en deux temps. Premièrement, il procède à une vérification automatique des données, en analysant les données de la déclaration sur la base de paramètres précis : activités antérieures du déclarant, origine et valeur des marchandises, code SH et informations relatives à l’itinéraire logistique.

Deuxièmement, le système procède à une évaluation des risques au moyen de trois types de modèles d’apprentissage automatique conçus pour repérer des traits récurrents et faire des prédictions sur la base des données :

  • Le premier modèle classe les opérateurs économiques étrangers en fonction de la marchandise commercialisée, de la valeur des opérations et du nombre d’infractions commises au cours des deux années précédentes, entre autres critères.
  • Le deuxième modèle classe chaque transaction au moyen d’indicateurs de risque et les achemine vers l’un des trois canaux en fonction de leur niveau de risque : rouge (risque élevé), jaune (risque moyen) et vert (risque faible).
  • Le troisième modèle choisit de manière aléatoire des envois classés dans les catégories jaune ou verte en vue de leur inspection.

La mise en place du système de dédouanement automatique a permis de réduire de 75 % les processus manuels et de 42 % le temps nécessaire au dédouanement. L’automatisation du système évite aux inspecteurs des douanes d’avoir à traiter chaque déclaration individuellement, ce qui permet d’organiser les contrôles sur la base de critères objectifs, de réduire le risque de décisions subjectives, de garantir la transparence et d’éliminer les risques de corruption.

Système E-TRANSIT

L’Ouzbékistan joue un rôle crucial en tant que pays de transit dans le corridor médian, un corridor commercial multimodal qui relie l’Asie centrale aux marchés européens. Il envisage également de devenir un contributeur clé du commerce régional en Asie centrale, en favorisant un écosystème commercial dynamique, efficace et inclusif.

Contrairement au dédouanement, qui s’effectue en un seul endroit, le transit nécessite l’échange d’informations provenant d’au moins trois emplacements : celui du début du transit, celui de la fin du transit et celui du garant (pour valider et apurer les cautions).

Pour faciliter les opérations de transit en son sein, le pays a mis en place un système de transit électronique appelé « E-TRANSIT ». Ce système permet aux opérateurs commerciaux et aux services de contrôle des frontières d’effectuer en ligne, au moyen d’un système d’information unique, toutes les procédures concernant l’entrée en Ouzbékistan et la sortie de ce territoire. Des scellés électroniques apposés sur les conteneurs permettent de suivre en temps réel le statut des envois.

La République d’Ouzbékistan continue en outre de participer activement aux initiatives visant à faciliter le transit régional dans le cadre du programme de coopération économique régionale pour l’Asie centrale (CAREC). En 2026, elle testera un système régional unifié de gestion du transit pour le transport routier entre l’Azerbaïdjan, la Géorgie et l’Ouzbékistan.

Ces mesures visent à mieux intégrer l’Ouzbékistan dans les systèmes de transport et de logistique régionaux et internationaux, à accroître son potentiel en matière de transit et à créer des conditions favorables aux flux commerciaux étrangers.

Impact

Pour évaluer l’impact de la numérisation des procédures douanières et du système automatisé de gestion des risques reposant sur l’apprentissage automatique, différents indicateurs de performance ont été utilisés, parmi lesquels le temps nécessaire pour traiter une déclaration en douane, qui a fortement diminué entre 2020 et 2024, ainsi que le temps mis par les véhicules pour passer la frontière.

La numérisation des procédures douanières et la mise en place d’un système de gestion des risques ont permis de percevoir nettement plus de recettes. Les paiements douaniers, qui s’élevaient à 24 700 milliards de sums en 2020, ont atteint 63 100 milliards de sums en 2024, soit une multiplication par 2,6 des recettes douanières sur cinq ans (figure 1).

Figure 1. Dynamique des paiements douaniers

Dans le même temps, grâce à la mise en place, par la Douane ouzbèke, de systèmes automatisés, les inspecteurs des douanes ne doivent plus aborder chaque déclaration individuellement, ce qui permet d’effectuer des contrôles sur la base de critères objectifs, de réduire la probabilité d’une prise de décision subjective, de garantir la transparence et d’atténuer les risques de corruption. De ce fait, le nombre de litiges juridiques entre les autorités douanières et les acteurs commerciaux a fortement baissé.

Plus précisément, les tribunaux économiques et civils ont eu à connaître de seulement 130 litiges concernant un dédouanement en 2025, contre 233 en 2020. Cette amélioration s’explique principalement par la transparence accrue des procédures douanières et par l’objectivité renforcée des décisions prises au moyen des systèmes automatisés.

L’impact de la réforme douanière de l’Ouzbékistan se traduit également dans l’indice de performance logistique de la Banque mondiale, puisque le pays y est passé de la 99e place en 2018 à la 88e place en 2023. Pour le volet « efficacité douanière », il a nettement amélioré son classement, passant de la 140e place à la 74e place.

Indicateurs de la performance logistique de l’Ouzbékistan (2018, 2023)

En ce qui concerne la corruption, on notera que l’indice 2024 sur la transparence, établi par le service ouzbek de lutte contre la corruption, a classé la Douane à la 5e place, sur 98 organisations, pour le critère portant sur l’évaluation de l’utilisation des principes de transparence pour la détection précoce et la prévention des affaires de corruption.

La réforme de la Douane est en outre vue comme un des principaux projets ayant permis à l’Ouzbékistan d’améliorer significativement son classement dans l’indice de perception de la corruption (IPC) 2024, publié par Transparency International. Le pays a gagné 9 points dans cet indice et s’est ainsi classé à la 121e place, sur 180, ce qui constitue l’évolution la plus forte d’Asie centrale.

Facteurs de réussite

Si l’administration a bénéficié du soutien d’organisations internationales, dont l’OMD, le succès de la réforme tient principalement à une volonté politique de haut niveau et au soutien résolu des dirigeants de l’administration. Le Président, Shavkat Mirziyoyev, a personnellement supervisé l’élaboration de la stratégie de réforme et contrôle sa mise en œuvre dans le cadre de réunions trimestrielles. Tous les agents concernés suivent une approche axée sur les résultats et ils se sont vu attribuer des tâches précises pour garantir une prise de décision rapide et pour qu’ils aient à rendre compte de leur action. Ces quatre dernières années, les autorités ont adopté 41 résolutions et décrets visant à améliorer le fonctionnement de la douane.

Autre facteur clé de la transformation numérique de la Douane ouzbèke : l’adoption d’une approche de la gestion des ressources humaines axée sur les compétences. De 2021 à 2024, l’administration a offert à son personnel des formations et des recyclages sur les techniques modernes de gestion, l’analyse des risques et la prise de décision fondée sur des données, avec le soutien de l’OMD et d’autres organisations. Au total, 1 690 agents ont suivi au moins un cours sur la plateforme de formation CLiKC! de l’OMD, et 450 ont participé à des ateliers ou à des formations de l’OMD. En outre, la plupart des agents nouvellement embauchés sont des spécialistes de l’informatique, ce qui crée une nouvelle génération de douaniers qui maîtrisent les technologies numériques et sont à l’aise dans l’analyse numérique et le travail avec l’intelligence artificielle.

La mise en œuvre de nouveaux modèles d’analyse a nettement amélioré la capacité à repérer les infractions à la législation douanière, d’où la nécessité de renforcer encore les investissements dans le système d’audit après dédouanement. Toujours avec le soutien de l’OMD et d’autres organisations internationales, la Douane ouzbèke a organisé en 2025 de nouveaux programmes de formation pour le personnel chargé de l’audit douanier. Des experts étrangers ont animé 21 séminaires et 11 sessions de formation sur l’audit douanier.

En outre, les fonctionnaires des douanes qui parviennent à repérer des fraudes commerciales et à prévenir des mouvements illégaux de marchandises à la frontière douanière sont désormais récompensés. Par ailleurs, les autorités ont instauré en 2026 des mécanismes d’incitation pour les entités commerciales qui reçoivent des évaluations positives à la suite d’audits douaniers, c’est-à-dire les entités qui se conforment pleinement aux prescriptions.

Perspectives

La Douane d’Ouzbékistan se trouve au troisième stade – Consolider – du modèle de maturité de la douane numérique de l’OMD qui compte six stades (figure 2).

Figure 2. Modèle de maturité de la douane numérique de l’OMD

Voici un résumé des principaux résultats obtenus :

  • Les processus douaniers de base ont été entièrement numérisés et les activités relevant des deux premiers stades ont été réalisées.
  • Des systèmes de gestion des risques et d’analyse des données ont été mis en place, ce qui a permis de gagner en efficacité dans la prise de décision.
  • Des systèmes d’information douanière différents ont été réunis dans des plateformes intégrées et unifiées.
  • La mise au point d’outils d’analyse avancés et de solutions reposant sur l’intelligence artificielle a commencé, jetant les bases de la transition vers le prochain stade de développement.

L’objectif est désormais d’atteindre le quatrième stade du modèle de maturité de la douane numérique de l’OMD – Coopérer – d’ici 2027.

Il est prévu de déployer à grande échelle des technologies reposant sur l’intelligence artificielle pour automatiser davantage les procédures et améliorer les contrôles de l’évaluation douanière. L’objectif est d’arriver à 95 % d’exactitude dans la classification des marchandises et d’améliorer la capacité à détecter les fraudes commerciales. Il est également prévu de lancer Un chatbot « conseiller en douane » qui répondra aux demandes d’informations des citoyens et des entreprises.

Cette étape verra non seulement la mise en place de mécanismes de prise de décision entièrement automatisés dans les opérations douanières et de l’analyse prédictive, mais aussi l’intégration avec les systèmes d’information douaniers et commerciaux étrangers.

Actuellement, les informations relatives aux certificats et aux permis sont échangées de façon sécurisée au niveau national au moyen d’une plateforme de type « guichet unique » qui repose sur des canaux de communication chiffrés, des droits d’accès qui varient en fonction des rôles et des mécanismes d’audit. Dans ce système, chaque service reste propriétaire de ses propres données, et la Douane prend les décisions finales concernant le dédouanement des marchandises, sur la base des certificats introduits dans le système.

Dans un avenir proche, les différents certificats, permis et formulaires utilisés par les services frontaliers seront alignés sur les normes internationales, sur la base du Modèle de données de l’OMD. Seront notamment concernés les documents émis par les services sanitaires et épidémiologiques, le contrôle vétérinaire, les autorités chargées du contrôle de la qualité et les services de protection de l’environnement. Cette mesure facilitera le travail des opérateurs commerciaux et permettra d’échanger rapidement des informations avec les services étrangers.

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[1] Banque mondiale, Doing Business 2020: Comparing Business Regulation in 190 Economies – Economy Profile of Uzbekistan https://documents1.worldbank.org/curated/en/880291575378502051/pdf/Doing-Business-2020-Comparing-Business-Regulation-in-190-Economies-Economy-Profile-of-Uzbekistan.pdf