Le hackathon de la Conférence de l’OMD sur la technologie 2026 : traduire l’innovation dans la pratique
28 février 2026
Par le Secrétariat de l'OMDLa Conférence-Exposition de l’OMD sur la technologie édition 2026 prévoyait un hackathon durant lequel les participants étaient invités à imaginer des solutions qui permettrait de renforcer la gestion des risques dans le cas des importations de petits colis découlant de ventes en ligne.
Trente-huit participants, divisés en cinq équipes et représentant des administrations des douanes, des écosystèmes portuaires et commerciaux et le secteur de la technologie, ont relevé le défi.
Pendant 48 heures, les équipes ont travaillé sur le développement de prototypes exploitables, capables :
- De détecter les envois fractionnés dans le but d’éviter le seuil de minimis de 1 000 AED.
- D’assigner automatiquement un code du SH à six chiffres aux marchandises sur la base de leur description commerciale.
- D’appliquer précisément des contrôles automatiques pour garantir le traitement accéléré des transactions conformes.
- De signaler des envois contenant des marchandises soumises à des interdictions ou à des restrictions.
L’OMD a fourni aux équipes un vaste ensemble de données de commandes simulant un flux d’achats en temps réel sur une place de marché électronique, avec, entre autres, le nom de l’importateur, l’adresse de livraison, le nom du produit, la description, le prix et d’autres attributs. Un tableau tarifaire simplifié a également été mis à leur disposition aux fins du calcul automatisé des droits de douane, ainsi qu’un jeu d’indicateurs de risque pour le ciblage et les contrôles de sécurité.
Parmi les exigences du concours, les équipes devaient concevoir un système capable de produire des données de sortie explicables et exploitables du point de vue opérationnel, idéalement avec une simple interface utilisateur ou un tableau de bord. En pratique, les meilleures solutions devaient donc être non seulement solides sur le plan technique mais aussi « utilisables », c’est-à-dire compréhensibles pour un douanier, contrôlables pour une autorité de supervision et extensibles.
Les travaux de conception et de développement ont rapidement commencé, les décisions prises en amont se centrant plus particulièrement sur l’ingestion des données, sur la manière de structurer le traitement des données et sur la façon de combiner les contrôles basés sur des règles avec l’analytique, le cas échéant. À la fin de la première journée, chaque équipe avait arrêté son plan de travail et travaillait déjà sur une version initiale de son prototype.
La deuxième journée a été consacrée à la mise en œuvre : nettoyage et structuration des données, affinage des approches de classement dans le SH, mise en place des portes logiques et connexion des données de sortie aux tableaux de bord ou aux interfaces utilisateur.
Les travaux ont progressé à un rythme soutenu, à travers des itérations rapides (tests, débogage et optimisation des performances), tandis que les équipes préparaient leur présentation pour la démonstration finale. À la fin de la deuxième journée, la plupart des prototypes étaient prêts. Ils pouvaient ingérer le flux de données de commandes, exécuter la logique décisionnelle et afficher des résultats que les douaniers pouvaient comprendre et utiliser pour prendre des décisions éclairées.
Le troisième jour a marqué la phase finale, courte mais décisive, au cours de laquelle les équipes se sont concentrées sur la stabilité de leur prototype et le développement de visualisations claires et d’un explicatif concis à l’appui de leur produit.

Cinq équipes, cinq approches différentes
Bien que les prototypes aient visé le même objectif, chacun a suivi une philosophie différente et s’est appuyé sur une boîte à outils propre.
National Legends (UAE – ICP) – Les données préalables en tant que dorsale
L’équipe des National Legends a mis l’accent sur un principe fondamental qui a été repris tout au long du hackathon : la valeur stratégique des données électroniques préalables. Le « tableau de bord des renseignements douaniers » des National Legends reposait sur quatre moteurs fonctionnels alignés sur des actions spécifiques : identifier, classer, évaluer et protéger.
La démarche adoptée par l’équipe afin d’attribuer le code du SH en fait un prototype unique. Les National Legends ont présenté un moteur de classification basé sur le traitement du langage naturel, générant non seulement des suggestions de classification mais déterminant aussi des niveaux de confiance et désignant les cas « à réexaminer ». Le modèle a confirmé un point important sur le plan opérationnel : l’automatisation à grande échelle fonctionne mieux lorsqu’elle est associée à une haute transparence en matière de qualité du résultat et de niveau d’incertitude, de sorte que les douaniers puissent concentrer leur attention là où cela est nécessaire. De plus, la solution des National Legends affichait tous les risques liés à un envoi (fractionnement d’un même envoi et envoi à haut risque) sur un seul écran.
ICP Codebreakers (UAE – ICP) – Projet Mijass
L’équipe des ICP Codebreakers a développé une solution surnommée « Mijass », un terme arabe signifiant ‘sonde’ ou ‘détecteur précoce de risques’. La solution des ICP Codebreakers se distinguait des autres dans la mesure où elle se présentait clairement comme un centre de commande. Le tableau de bord affichait le traitement de bout à bout d’un vaste jeu de données, avec des indicateurs clés, comme « Recettes recouvrées (L3) », « Menaces pour la sécurité (L4) » et « Réseaux de fractionnement des envois (L1) », présentés sous forme de résultats analytiques. L’interface tenait également compte de considérations de performance et d’efficacité des contrôles, mettant en avant que la rapidité et les coûts importent lorsque les solutions doivent pouvoir traiter des volumes élevés.
Dhabi71 (EAU – Douanes d’Abou Dabi) – Aide à la décision axée sur Power BI avec explicabilité
L’équipe Dhabi71 a proposé un personnage d’IA (‘Hamad’) comme prototype de solution d’aide à la prise de décisions. L’idée était de créer un système qui ne ressemblerait pas à une boîte noire. Les tableaux de bord ont donc été structurés autour des besoins opérationnels, offrant une visualisation de cause à effet ressemblant à un dossier vérifiable pour chaque colis. Ce système visait à permettre aux douaniers de comprendre pourquoi une décision était prise en reliant des indicateurs de risque spécifiques avec les résultats de classification et d’évaluation en douane, et leur incidence sur le plan tarifaire, le tout affiché de manière cohérente sur un seul écran.
B’Odogwu (Nigeria) – Parcel-Intel
L’équipe B’Odogwu a développé un prototype appelé « Parcel-Intel » (ou colis-renseignement), qui se présentait comme un moteur de renseignement automatisé avec un flux de travail pratique prévoyant le téléchargement de fichiers CSV, le traitement automatique d’un pipeline à quatre étapes, la consultation de tableaux de bord, la génération de rapports et l’exportation de données enrichies. L’équipe a tenu compte de considérations architecturales telles que le traitement efficace de la mémoire pour gérer de très grands volumes sur une infrastructure standard. La solution proposée par B’Odogwu se fondait également sur « l’attribution d’un circuit de risque en temps réel » en vue de traduire des analyses complexes en itinéraires opérationnels exploitables. Dans un souci d’encadrer son prototype dans « le monde réel », B’Odogwu a mis l’accent sur le fort potentiel d’automatisation, le calcul précis des droits de douane et la capacité à concentrer les inspections là où elles sont nécessaires tout en continuant à traiter des volumes importants.
AD Ports Digital (EAU – AD Ports Group) – Accélérer les livraisons grâce à des outils basés sur l’IA générative
L’équipe AD Ports Digital s’est concentrée sur la rapidité des livraisons et la qualité des données, s’attaquant ainsi à une contrainte majeure du commerce électronique, où les descriptions de produits peuvent être alambiquées, incohérentes ou incomplètes. La solution proposée s’est fondée sur une approche de mise en œuvre itérative (préparation des données, création de pipelines, essais et perfectionnement), montrant comment les outils basés sur l’IA générative peuvent accélérer des tâches telles que la structuration, l’enrichissement et la classification.
Plutôt que de considérer l’IA comme une baguette magique en soi, AD Ports Digital l’a utilisée comme un accélérateur pratique tout au long du flux de travail, que ce soit pour améliorer la disponibilité des données, prendre en charge la logique de classification ou permettre l’itération rapide sous des contraintes de temps extrêmes. L’importance accordée à l’itération et à la maturité des outils correspond bien à la réalité du hackathon : la capacité de passer de données brutes à un pipeline cohérent est souvent tout aussi importante que le choix d’un modèle unique, quel qu’il soit.

Au cœur du moteur : comment la logique détecte les envois à risque
Bien que les équipes aient utilisé différentes interfaces et technologies, l’objet du hackathon était avant tout centré sur la logique utilisée pour traiter le flux de données des commandes et détecter les comportements décrits dans la description de mission. Le défi ne consistait pas seulement à traiter les volumes mais aussi à prendre des décisions cohérentes, explicables et défendables.
Les solutions proposées devaient comporter une fonctionnalité essentielle : la capacité à détecter les envois fractionnés dans le but spécifique de rester en dessous de seuils de valeur spécifiques pour obtenir une exonération fiscale et des procédures simplifiées dans certains pays. Le scénario imposé reflétait un schéma couramment observé dans les flux du commerce électronique, où plusieurs commandes sont passées sous la même identité et le même jour afin de demeurer éligible à un traitement simplifié. Pour contrer cette tendance, les équipes ont mis au point une logique d’agrégation qui regroupait les commandes à l’aide de combinaisons telles que « Nom de l’importateur + Adresse de livraison + Date » et qui calculait les totaux quotidiens par rapport aux identités recensées. Cette logique a permis aux systèmes de signaler les dépassements de seuils que les contrôles manuels n’auraient probablement pas détectés.
Les aspects de la protection et de la sécurité étaient tout aussi importants. Les équipes devaient repérer les articles soumis à des restrictions, quelle que soit leur valeur. Les systèmes ont analysé les descriptions pour tenter de retrouver des indicateurs liés aux profils de risque (par exemple, les batteries au lithium ou les articles pourvus d’une lame), ce qui a permis de séparer rapidement les marchandises à haut risque des flux conformes.
Les équipes ont livré des prototypes fonctionnels plutôt que des maquettes statiques. Elles ont développé des applications par navigateur capables de téléverser le flux des commandes, d’exécuter la logique décisionnelle et de visualiser rapidement les résultats. Certaines équipes ont également montré comment les plateformes sans code et le développement assisté par l’IA peuvent accélérer la livraison d’applications (frontales et dorsales / bases de données) répondant à des besoins opérationnels spécifiques, sans écrire une seule ligne de code.
Du prototype à la feuille de route
Le hackathon a également servi de plateforme pour présenter des idées avant-gardistes et tester des stratégies, en explorant comment les données, la logique décisionnelle et la conception centrée sur l’utilisateur peuvent traduire des intentions à haut niveau en concepts opérationnels exploitables.
La solution proposée par National Legends s’inscrit dans une vision stratégique en faveur de la qualité des décisions à échelle, en soulignant comment les données électroniques préalables peuvent devenir une clé de voûte de la facilitation et de la lutte contre la fraude. La solution ‘Parcel-Intel’ met en avant l’extensibilité, notamment la manière dont les règles du SH, les ensembles de mots-clés relatifs aux risques et les modèles d’intégration pourraient évoluer au fil du temps. D’autres équipes ont présenté leur prototype comme un tremplin vers une modernisation plus large, où l’interopérabilité et l’échange de données fiables entre les frontières et les acteurs de la chaîne logistique deviennent essentiels pour obtenir des résultats durables.
Remise de prix
À l’issue de la conférence, chaque équipe a présenté sa solution aux participants à la conférence et à un jury composé des intervenants de la session 8 sur le commerce électronique, représentant à la fois les administrations douanières et le secteur privé.

Les participants à la conférence et le jury ont été invités à voter pour leur prototype préféré. Le prix du public a été décerné à Dhabi71 et le prix du jury à AD Ports Digital.
Le hackathon a montré que des innovations peuvent être mises au point, testées et présentées en 48 heures lorsque des professionnels et des experts collaborent autour d’un cas d’utilisation opérationnel clair. L’expérience a validé le hackathon comme un modèle pratique pour la résolution de problèmes dans le domaine douanier, produisant des prototypes de solutions à des défis urgents tout en favorisant la création d’une communauté d’innovateurs travaillant dans un esprit d’amélioration continue.