Panorama

Gérer la circulation aux frontières durant la COVID-19 : L’expérience de la Douane de Vanuatu

Par la Douane de Vanuatu

Vanuatu est l’un des rares pays au monde à avoir presque échappé à la pandémie de COVID-19. La raison en a principalement été la mise en place de mesures de contrôle strictes aux frontières de l’archipel. Le présent article examine comment le Département des douanes et de l’Administration fiscale (DCIR) de Vanuatu a adapté ses procédures pour assurer la circulation des marchandises et des personnes tout en évitant que le virus ne se propage.

Le 26 mars 2020, le Président de Vanuatu a décrété l’état d’urgence dans le but de contenir la propagation de la COVID-19. Tous les points d’entrée du pays ont été fermés aux passagers internationaux à l’arrivée. L’importation et l’exportation de marchandises n’ont été autorisées que dans le cadre de procédures strictement contrôlées. Toutes les activités sur l’île d’Efate, où se trouve la capitale, Port Vila, ont été interrompues durant 14 jours, suivant l’adoption de mesures de confinement. Même les déplacements entre les îles de l’archipel ont été interdits à titre préventif, pour éviter que le virus ne se propage sur Efate.

Le Bureau de gestion des catastrophes naturelles (NDMO) a immédiatement créé une task force consultative sur la COVID-19 (C19AT de son acronyme anglais) composée des divers services présents aux frontières. Le Département des douanes et de l’administration fiscale a contribué aux travaux de cette équipe en lançant des procédures pour le traitement tant du fret que des passagers sur les vols entrants et sortants, qui devaient reprendre sous peu.

Au niveau du fret

Il était essentiel de garantir une interaction physique aussi minimale que possible durant le déchargement et le traitement des marchandises. À l’aéroport, les travailleurs au terminal ont reçu des équipements de protection individuelle (EPI) et ont été sommés de ne pas interagir physiquement avec les équipages des avions. Après leur déchargement, les marchandises étaient laissées pour la nuit dans les entrepôts du terminal en attendant de pouvoir être dédouanées le lendemain. Des modalités similaires ont été mises en place au port maritime : le personnel de bord n’était pas autorisé à débarquer mais pouvait aider au déchargement des bateaux. Si les dockers ne pouvaient pas avoir de contact physique avec les équipages des navires, les opérateurs des grues de débardage ont néanmoins été autorisés à monter à bord pour aider le personnel navigant à utiliser les grues des bateaux, le cas échéant, dans le respect strict de modalités de distanciation sociale. Les marchandises étaient transportées immédiatement du navire vers l’entrepôt. Tous les travailleurs de première ligne impliqués dans les activités de déchargement ont été régulièrement soumis à des tests de dépistage pour la COVID-19.

Lorsque le cyclone Harold a frappé Vanuatu, des mesures d’urgence ont rapidement dû être déployées, tout en tenant compte des restrictions imposées par la COVID-19. Le cyclone, de catégorie 5, a dévasté la partie nord de Vanuatu ainsi que Luganville qui est non seulement la deuxième plus grande ville du pays mais aussi son plus grand port d’exportation. Harold est le deuxième cyclone tropical le plus puissant à avoir touché le pays, derrière le cyclone Pam en 2015, et il a laissé 18 000 personnes sans eau et sans électricité.

Les vols transportant des fournitures de secours ont dû atterrir à Port Vila en attendant que l’aéroport de Pekoa, à Luganville, dans le nord, soit nettoyé. Le fret était ensuite transporté par bateau. Lorsque les avions et les navires ont à nouveau pu se rendre à Luganville avec des fournitures de secours, les marchandises ont continué d’être dédouanées à Port Vila avant d’y être acheminées. Tous les envois de secours devaient faire l’objet d’une autorisation préalable du NDMO avant leur arrivée. Il a été facile de transférer le processus de dédouanement d’un bureau de douane à l’autre puisque, en 2017, le DCIR avait remis à niveau son système automatisé de dédouanement et était passé à SYDONIA World, qui permet aux marchandises entrant à n’importe quel point d’entrée d’être dédouanées dans un autre bureau, quel que soit l’endroit.

Au niveau des passagers

En comparaison avec le dédouanement des marchandises, le traitement des passagers aériens entrants s’est avéré plus complexe, compte tenu des risques sanitaires posés. Avec les autres services présents aux frontières et avec le ministère de la Santé, entre mars et mai 2020, la C19AT a mis au point des procédures opérationnelles normalisées (PON) pour préparer les vols de rapatriement, qui devaient commencer en juin 2020.

Les douaniers à l’aéroport ont été spécialement formés pour pouvoir appliquer la nouvelle procédure et vingt nouveaux agents ont été recrutés comme contractuels. Le nombre de douaniers de première ligne déployés à l’aéroport est passé d’une trentaine à cinquante personnes.

L’intérieur du terminal a été spécialement aménagé pour répondre aux nouvelles exigences sanitaires. Des parois en verre ont été installées, notamment, pour séparer les voyageurs des agents. Des caméras ont été posées à l’intérieur du terminal pour permettre aux superviseurs des douanes et aux inspecteurs de la santé publique de surveiller les activités depuis un endroit sûr.

Avant leur départ, les passagers ont été invités à voyager avec un bagage à main et à apporter suffisamment de vêtements pour jusqu’à trois jours étant donné que leurs bagages enregistrés devaient suivre une nouvelle procédure à l’arrivée. Au lieu d’être placés sur les tapis roulants, les bagages étaient entreposés jusqu’à la levée de la quarantaine imposée aux voyageurs, soit durant 14 jours. Les valises étaient contrôlées une fois qu’elles étaient récupérées par leurs propriétaires mais ces derniers pouvaient aussi indiquer sur leur fiche d’arrivée qu’ils donnaient leur consentement pour que les agents contrôlent leurs bagages en leur absence, durant la période d’entreposage. Si cette option était choisie, les bagages étaient contrôlés le lendemain de leur arrivée. Si un problème était détecté, un rapport était alors émis afin que tout agent qui s’occuperait de remettre le bagage en cause sache que le propriétaire devait se rendre au bureau de douane avant de le récupérer.

À Vanuatu, les douaniers se chargent de traiter les voyageurs en première et en deuxième ligne, c’est-à-dire au moment où ils récupèrent leurs bagages. Les voyageurs devaient remettre leur passeport qui était alors placé en lieu sûr durant 24 heures avant d’être contrôlé. Les passeports étaient ensuite rendus à leurs propriétaires le jour suivant, sur leur lieu de quarantaine.

 

Les agents chargés du traitement des passagers ont travaillé en trois équipes (A, B et C) de huit. Les équipes assuraient une tournante hebdomadaire : lorsque l’équipe A s’occupait de traiter les passagers, l’équipe B vérifiait les passeports et les bagages enregistrés et l’équipe C restait en quarantaine. À la fin de leur quarantaine, c’est-à-dire avant de reprendre les travaux de traitement des voyageurs, tous les agents de l’équipe C étaient soumis à un test de dépistage pour la COVID-19. Tous ont été vaccinés et tous portaient un EPI.

Les autres services présents aux frontières ont adopté un mode opératoire similaire. Si une poussée de la maladie se déclarait dans l’une des équipes, toute l’équipe s’isolait pendant 14 jours et était remplacée par une autre.

Les coûts liés à la quarantaine ont vite posé un problème, puisque les agents étaient logés dans des hôtels. En 2021, le DCIR a acquis un bien immobilier de l’État près de l’aéroport de Port Vila qu’il a converti en un centre d’isolement et de quarantaine pour les agents de première ligne.

Voie à suivre

Pendant deux ans, alors que la pandémie continuait de se propager dans le monde, Vanuatu n’a compté que très peu de cas positifs parmi les voyageurs et les agents. Tous ont été isolés à temps, évitant ainsi une contamination plus large de la communauté locale. Le système a donc montré son efficacité et a permis de reprendre en toute sécurité les voyages entrants et sortants.

En mars 2022, une violation des règles de quarantaine par un passager à un centre de quarantaine a abouti à une flambée de la maladie. Les protocoles de gestion du fret et des voyageurs ont été maintenus, avec un seul changement : les paiements se font à présent par voie électronique. Les paiements en espèces sont encore acceptés dans deux bureaux de douane à Port Vila en tant que solution de rechange mais suivant des protocoles sanitaires stricts.

Comme pour de nombreuses autres administrations, la crise de la COVID-19 a poussé le DCIR à numériser encore davantage ses processus. L’Administration s’attache à présent à améliorer son analyse des risques en réévaluant ses critères de sélection. Cette remise à niveau lui permettra de réduire le nombre de contrôles matériels ainsi que les goulets d’étranglement qu’ils entraînent aux points d’entrée. Il sera ainsi possible de réduire les coûts de transport, ce qui est d’autant plus nécessaire aujourd’hui face à l’envolée des prix du carburant.

Le DCIR est également en train d’ajouter un module à SYDONIA, appelé le Système automatisé de traitement des envois de secours d’urgence (ASYREC). Comme son nom l’indique, ce module automatisera le traitement rapide et prioritaire des envois de secours en cas d’urgence humanitaire. Il est activement utilisé dans quatre pays dans le monde et le Vanuatu sera le premier État insulaire du Pacifique à le déployer. Financé par le gouvernement australien, le projet devrait être prêt pour avril 2023.

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circorporate@vanuatu.gov.vu