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Comment la numérisation combinée à l’intelligence artificielle peut réduire l’impact des activités de la chaîne logistique sur l’environnement

Par Julian Stephens, responsable du développement technologique, MJC2

Il est essentiel d’augmenter l’efficacité des transports pour réduire l’incidence des opérations commerciales sur l’environnement. Afin d’arriver à des résultats concrets, la douane, les services présents aux frontières, les opérateurs commerciaux et les sociétés de logistique doivent numériser leurs processus et partager les données pertinentes. Toutefois, ces efforts ne porteront leurs fruits qu’avec l’utilisation d’ordinateurs capables d’exploiter de vastes jeux de données grâce à des algorithmes innovants. Dans le présent article, MJC2, société de systèmes de planification et de logiciels d’optimisation, nous explique comment, en combinant intelligence artificielle et numérisation, les entreprises logistiques peuvent aller bien au-delà du simple remplacement du support papier et améliorer l’efficacité de leurs opérations, et comment la douane peut en bénéficier.

Au cours de ces dernières années, la numérisation des opérations et processus n’a cessé de prendre de l’ampleur et des concepts tels que l’industrie 4.0[1] et le jumeau numérique[2] sont apparus. Les gouvernements et les organismes régionaux et internationaux du monde entier ont salué cette évolution et l’ont adoptée. L’OMD, elle aussi, a promu le concept de la douane numérique et des organisations comme la Commission européenne, l’Association internationale du transport aérien et l’Organisation maritime internationale ont investi des ressources importantes dans le « fret électronique » (ou e-fret), les guichets uniques et d’autres initiatives de grande envergure.

Dans le même temps, un nouvel intérêt a vu le jour autour de l’intelligence artificielle (ou IA), une discipline de la science informatique qui s’occupe de construire des machines capables d’effectuer certaines tâches en traitant des données, de reconnaître les tendances sur la base de ces données et d’appliquer des règles en conséquence.

Les deux tendances sont liées étant donné que l’IA aide à accélérer la numérisation de la chaîne logistique et ouvre de nombreuses possibilités, tant pour les entreprises et les opérateurs logistiques qui pourraient améliorer leur flexibilité et efficacité, que pour les autorités de réglementation qui pourraient capitaliser sur cette innovation pour avoir une meilleure visibilité des activités des opérateurs commerciaux et renforcer leur capacité de lutte contre la fraude.

 

En collaboration avec des entreprises de pointe du secteur, telles que DHL, DPD, Cosco et Kuehne + Nagel, ainsi qu’avec les administrations des douanes et d’autres autorités publiques, la société MJC2 a mis au point de nouveaux algorithmes fondés sur l’IA. Les solutions informatiques développées couvrent des domaines tels que la planification logistique en temps réel, la planification de la production, l’optimisation de la chaîne logistique, la gestion de la main d’œuvre et l’établissement des horaires et des tableaux de service des employés. La participation des douanes au développement de ces solutions a été fondamentale pour nous permettre de déterminer les possibilités d’améliorer les flux de marchandises internationaux. Les administrations nous ont apporté leur expérience et leurs connaissances techniques afin de vérifier les résultats de nos recherches à l’aune des exigences et des contraintes du monde réel.

Les solutions développées se fondent sur les données qui ont été recueillies par le transporteur auprès de tierces parties impliquées dans une transaction ainsi que sur les vastes quantités de données générées par les capteurs et dispositifs installés sur les camions, les conteneurs et les remorques. Les capteurs détectent les événements tels que l’ouverture ou la fermeture des portes, les changements de température ou d’humidité et les mouvements imprévus. Une technologie avancée de scellement détecte aussi les accès non autorisés et les possibles manipulations de marchandises.

Collecter une grande quantité de données peut être perçu par un transporteur comme une dépense extrême, mais ce coût est largement compensé par l’efficacité accrue qui en résulte. L’avantage direct pour l’expéditeur est qu’il dispose de la capacité de réorienter les envois et d’en reprogrammer le transport face à d’éventuels problèmes qu’il pourra anticiper concernant la qualité des produits ou leur heure d’arrivée présumée, augmentant ainsi la réactivité de la chaîne logistique et réduisant les coûts.

Un cercle vertueux

Disposer d’informations sur les événements ou incidents relatifs à une cargaison présentent aussi un intérêt pour la douane, et les sociétés de logistique et de transport devraient par conséquent envisager de partager certaines informations de manière automatique avec les douanes afin d’augmenter l’efficacité de la chaîne logistique. De la perspective douanière, l’adoption par les transporteurs de telles solutions présente de nombreux avantages : les données qu’ils exploitent sont produites en temps réel et sont de qualité puisque ce sont les mêmes que celles que les expéditeurs et les autres opérateurs impliqués dans la transaction utilisent pour alimenter leurs algorithmes d’intelligence artificielle et pour détecter les erreurs et les omissions bien plus en amont dans le processus de transport.

Ainsi, si à première vue les solutions octroyant plus de flexibilité et de fluidité aux transporteurs et aux prestataires de services logistiques peuvent apparaître comme une source de nouveaux problèmes pour la douane, dans les faits, elles présentent d’importants avantages, notamment un accès à davantage de données de meilleure qualité, au service d’une meilleure évaluation des risques. Par exemple, la visibilité intégrale de l’itinéraire suivi par un camion ou un conteneur, complétée par un résumé des arrêts imprévus ou des temps d’immobilisation inhabituels ainsi que par des informations de haute qualité sur la nature des marchandises, comme les informations contenues dans le manifeste ou d’autres documents et formulaires, peut déboucher sur un énorme gain de temps.

La visibilité que ces solutions offrent contribue également à réduire la charge de travail de la douane et lui permet de mieux planifier le déploiement de ses ressources afin de gagner en efficacité. Un dédouanement plus rapide et une réduction des coûts et des délais de livraison pourront encourager les expéditeurs à passer à des modes de transport plus écologiques mais moins évidents pour eux (tels que le train au lieu du camion) et à utiliser davantage les ports régionaux ou secondaires et les centres multimodaux. Cela permettrait de réduire la pression sur les principaux ports et terminaux de fret internationaux, facilitant ainsi la gestion des procédures douanières et de la mainlevée à ces endroits.

Commerce électronique et réseaux de transport

L’un des secteurs où l’application de cette technologie peut véritablement améliorer les activités logistiques est le commerce électronique, où les délais de livraison et la fluctuation de la demande représentent normalement une source de tracas pour les opérateurs commerciaux.

Les sociétés de transport exprès et les opérateurs postaux dépendent de réseaux de transport multimodaux strictement synchronisés : transport aérien, transport ferroviaire, transport de ligne et livraison en fin de parcours sont étroitement liés. Le « transport de ligne » désigne le mouvement des marchandises par quelque mode de transport que ce soit (terrestre, aérien ou par voie navigable) entre des villes éloignées. Le scénario est le suivant : un transporteur prend livraison des marchandises auprès de plusieurs expéditeurs à un dépôt donné. Au dépôt, les marchandises ayant une destination commune sont groupées dans des remorques pour être transportées vers un centre de tri (une plate-forme de correspondance) ou vers un autre dépôt (centre de distribution). Au centre de tri, les marchandises provenant d’origines différentes sont à nouveau triées et groupées pour être transportées vers leur destination. C’est à cet ensemble de centres, dépôts, tracteurs, remorques, dockers et chauffeurs que l’on fait référence en parlant de « réseau de transport de ligne », et c’est grâce à ce réseau que le secteur du transport de fret est capable d’assurer un haut débit d’activités de manière efficace.

Le commerce en ligne est caractérisé par le fait que le nombre d’envois s’accroît fortement certains jours de la semaine et durant les pics saisonniers. Les goulets aux principaux terminaux et centres sont donc courants et génèrent d’énormes coûts pour les opérateurs, en même temps qu’ils exercent une énorme pression sur la douane et les autorités chargées de veiller à la sécurité. Pour faire face à cette fluctuation, les fournisseurs de services logistiques qui ont numérisé leurs procédures peuvent utiliser l’IA afin d’optimiser leurs flux d’activités et communiquer également à la douane les changements intervenant constamment dans les horaires de mouvement des marchandises en temps réel, afin de lui permettre d’adapter et d’affiner la planification de ses activités.

Par exemple, un opérateur qui transporte des marchandises vers ou depuis l’aéroport peut utiliser le logiciel d’optimisation de la logistique en temps réel de MJC2 pour programmer et optimiser les mouvements des camions et de leurs conducteurs. L’optimisation des charges à bord des camions et la minimisation des parcours à vide et des heures de conduite perdues peuvent aboutir à d’énormes économies de coûts opérationnels. En outre, si la société dispose d’appareils de contrôle dans son centre principal et d’un système de gestion de sa flotte, à travers des équipements connectés qui recueillent les données sur l’endroit où se trouvent les véhicules et leur activité en temps réel, les algorithmes d’IA peuvent détecter toute activité suspecte, comme un arrêt à un endroit inopiné ou les déviations par rapport à l’itinéraire initialement prévu et sans raison apparente. De tels renseignements de suivi et les alertes correspondantes peuvent être communiqués automatiquement au système douanier pour alimenter le processus d’évaluation des risques. Cela permet à la douane de décider sans risque d’accélérer le traitement des envois qui ont été contrôlés préalablement et qui sont transportés en toute sécurité entre des lieux « de confiance », c’est-à-dire qui passent par des endroits considérés comme répondant à certains critères de sécurité. Les opérateurs de services de logistique peuvent, eux, ainsi déployer leurs activités plus efficacement, tout en réduisant leurs coûts mais aussi leur impact, quel qu’il soit, sur l’environnement.

Une logistique déstressée

Bien qu’elles ne soient pas soumises aux mêmes contraintes de temps que le secteur du courrier et de la livraison exprès, les sociétés de transport de marchandises conteneurisées subissent une pression considérable, compte tenu des attentes des clients et de considérations d’ordre environnemental.

La synchromodalité est un concept relativement nouveau, qui désigne le réacheminement du fret à travers un réseau multimodal en réponse à des problèmes opérationnels, tels que les retards, les embouteillages et les changements constants d’exigences de la part des clients. Le logiciel de logistique synchromodale de MJC² met à profit ce concept : des algorithmes analysent les données de parties diverses, ainsi que les flux de données générés tout le long du parcours de la cargaison, pour planifier ou modifier l’itinéraire de chaque envoi sur la base de la situation du moment sur le réseau. Les avantages pour l’expéditeur et le prestataire de services logistiques sont évidents : une réduction des coûts et de l’empreinte écologique accompagnée d’un gain en fiabilité.

Comme nous l’avons déjà expliqué, les opérations douanières peuvent bénéficier grandement ce cette technologie, et pour rester dans le sujet du présent article, tous les acteurs en présence ont tout à y gagner. La synchromodalité exige que des données électroniques de qualité soient échangées entre les expéditeurs et les opérateurs de services logistiques. Toutes les parties ont intérêt à fournir des données de haute qualité dans la mesure où les économies qui en découlent dépassent de loin le coût que suppose la saisie de ces données, pour autant que l’intégrité et la qualité de ces données soient garanties. Pour la douane, il s’agit d’une situation idéale : elle reçoit des renseignements précis et en temps opportun sur le type de marchandises, leur provenance, le chemin qu’elles ont suivi et leur mouvement ou leur destination prévus par la suite. De plus, les algorithmes équilibrent les variations dans le flux de marchandises, atténuant les plus grandes variations en jouant avec les différents terminaux et les liaisons de transport afin d’arriver à des temps de transit plus fiables.

Il s’ensuit que la charge de travail de la douane s’équilibre en fonction et devient plus prévisible. La douane peut donc offrir des avantages aux sociétés de logistique en leur proposant un dédouanement plus rapide des marchandises ; elle peut aussi considérer que les couloirs utilisés par les entreprises concernées sont des « circuits commerciaux fiables », dont l’intégrité peut être validée grâce aux données en temps réel qui sont utilisées par les algorithmes synchromodaux.

Vie professionnelle, vie privée et durabilité

Jusqu’à présent, nous avons mis l’accent sur la durabilité du point de vue de l’environnement. Cela dit, le secteur de la logistique a de plus en plus de mal à recruter de bons effectifs et à retenir les meilleurs éléments. Encore une fois, la combinaison de l’IA et de la numérisation peut aider à relever le défi.

La solution de MJC² augmente l’efficacité intrinsèque de la main d’œuvre à travers une meilleure planification et une reprogrammation dynamique des horaires de travail, en fonction des demandes. Par exemple, un manutentionnaire aérien peut utiliser le système d’optimisation de la manutention des cargaisons pour gérer les étapes de traitement (déchargement, documents, contrôle, chargement, etc.) et maximiser ainsi l’utilisation des équipements, de l’espace d’entreposage et des personnes, dans le but de fournir un bon service à la compagnie aérienne tout en réduisant les coûts opérationnels. Il en résulte une charge de travail plus équilibrée pour les employés, qui ne doivent plus travailler de longues heures ni des heures supplémentaires non planifiées.

Le même principe s’applique à tous les aspects de la chaîne logistique, notamment aux activités douanières. Il existe une forte demande pour l’élaboration de tableaux de service « à la demande », c’est-à-dire où les horaires de travail des employés sont organisés selon la charge de travail, mais une telle pratique ne pourra devenir réalité que si l’administration ou l’entreprise dispose d’une bonne visibilité de la charge de travail et des règles et des procédures à suivre, visibilité que peut justement fournir la synchromodalité.

Conclusions

Les activités commerciales génèrent des émissions de gaz à effet de serre à travers le transport des marchandises. Bien plus que le choix du mode de transport et les kilomètres parcourus, l’impact environnemental du transport de marchandises dépend en grande partie de la performance du système logistique. Il est essentiel d’améliorer les flux logistiques, non seulement pour réduire les coûts pour les sociétés mais aussi pour atténuer les effets du commerce sur l’environnement.

À cette fin, la numérisation des processus et l’utilisation de l’IA sont indispensables. En effet, si le recueil de renseignements dématérialisés et de qualité est fondamental, d’un point de vue opérationnel, il doit s’accompagner de l’utilisation de systèmes d’IA. Sans cela, le personnel chargé d’analyser les informations sera vite dépassé et les prestataires de services de logistique ne pourront optimiser leurs activités. En rendant possible et en encourageant la saisie et le partage de données électroniques concernant les transactions, les systèmes d’IA ouvrent également de nouvelles perspectives pour les services chargés de l’application des lois qui peuvent les utiliser pour surveiller les activités et recevoir des alertes lorsque des événements suspects ou exceptionnels sont relevés.

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[1] La notion d’industrie 4.0 renvoie à l’intégration généralisée des technologies de l’information et de la communication, contribuant à la convergence du monde réel et du monde virtuel dans la production industrielle.

[2] Un jumeau numérique est un modèle virtuel d’un processus ou d’un produit de service. Des composants dotés de capteurs rassemblant des données sur la situation, l’état de fonctionnement ou la position en temps réel d’un objet matériel sont incorporés à cet objet. Ces composants sont connectés à un système en nuage qui reçoit et traite les données recueillies par les capteurs dans leurs activités de suivi. Ces informations peuvent ensuite être analysées.