Numérisation des contrôles à l’exportation des diamants et de l’or en Sierra Leone et au Libéria
23 juin 2026
Par Aasmund Andersen, Revenue Development FoundationLes documents d’exportation qui accompagnent les envois d’or ou de diamants passent souvent la douane dans les pays d’importation sans problème pour la simple raison que les douaniers n’ont aucun moyen de prouver qu’ils sont faux. Chaque pays d’exportation fournit ces documents dans un format qui lui est propre et utilise un système de signatures différent. Repérer un faux nécessite donc des connaissances spécialisées propres au secteur minier et, sans lien direct avec l’autorité qui a émis les documents, il n’existe aucun motif valable de retenir un envoi.
Ce problème d’une ampleur considérable fait perdre énormément de recettes aux gouvernements africains qui exportent ces minerais. Chaque année, d’importantes quantités d’or et de diamants issus de l’exploitation artisanale quittent le continent africain sur la base de documents falsifiés.

Ce problème est plus particulièrement manifeste dans la région du fleuve Mano en Afrique de l’Ouest où la production artisanale est signalée de longue date par le système de certification du processus de Kimberley comme un foyer persistant de dissimulation de l’origine. Concrètement, pour les douanes, un envoi présenté comme ayant été légalement exporté d’un pays de la région peut en réalité avoir été passé en contrebande par une frontière terrestre, acheté en liquide et être accompagné de documents qui semblent en règle mais qui n’ont jamais été délivrés légalement. Sans lien direct avec l’autorité d’exportation, il est impossible de détecter ce problème au moment de l’importation.
C’est dans ce contexte qu’a été lancé en 2024 un portail de vérification en ligne pour les exportations en provenance de la Sierra Leone, dont le champ d’application a désormais été étendu au Libéria. Financé par l’Union européenne et soutenu par l’agence allemande de coopération internationale, ce portail exploite les données en temps réel du système d’administration du cadastre minier (MCAS) – une plateforme de délivrance de permis déjà utilisée par de nombreuses autorités minières africaines. Chaque document d’exportation délivré par le MCAS comporte désormais un code QR. Tout agent des douanes, où qu’il se trouve dans le monde, peut scanner ce code avec un téléphone portable et, en quelques secondes, vérifier l’identité de l’exportateur, le permis, la valeur déclarée, le minéral en question et l’origine de l’envoi en les comparant aux registres officiels du gouvernement émetteur.
Numérisation des permis d’exportation à la source
Le MCAS est utilisé depuis plus de dix ans dans plusieurs pays et a récemment été adopté par l’Agence nationale des minéraux (NMA) de la Sierra Leone et le ministère des mines et de l’énergie (MME) du Libéria. Ces deux pays s’en servent pour gérer l’ensemble de la chaîne d’octroi des licences – licences de prospection et d’exploitation minière, permis d’exploitation artisanale, licences de négociant et permis d’exportation – ainsi que pour gérer les services d’évaluation chargés d’estimer la valeur des envois d’or et de diamants avant leur exportation.
Le module « Évaluations », récemment intégré, étend les fonctionnalités du MCAS qui ne se limitent plus à la gestion du cadastre, mais s’étendent désormais au flux de travail des envois lui-même. Chaque envoi exporté dans le cadre d’une licence de négociant ou de courtier est désormais enregistré numériquement au moment de l’évaluation, les redevances et les droits d’exportation étant calculés automatiquement en fonction de la quantité, de la qualité et de la valeur marchande déclarées. Le système génère les reçus, les factures et les lettres d’exportation officielles, ce qui élimine les formalités administratives qu’il fallait auparavant accomplir à la main pour chaque envoi. La Sierra Leone est même allée plus loin en mettant au point un nouveau module de traçabilité qui permet de relier chaque envoi à son site de production artisanale, de sorte que chaque gramme d’or et chaque diamant puisse être tracé jusqu’à son origine. Ce sera la dernière pièce du puzzle pour l’Agence nationale des minéraux, qui démontrera ainsi toute sa volonté de gérer la chaîne de traçabilité de l’or et des diamants produits en Sierra Leone.
En décembre 2025, le ministère des mines et de l’énergie (MME) du Libéria a organisé une cérémonie officielle de présentation à Monrovia, au cours de laquelle il a montré comment les titulaires de licence géraient leurs demandes en ligne et comment les paiements étaient directement intégrés au système de l’administration fiscale du Libéria (LRA). Parallèlement, le bureau des minéraux précieux (OPM) du MME a adopté le module d’évaluation du MCAS et a traité le premier envoi d’or avec le nouveau système.

Documents d’exportation vérifiables
Les douanes connaissent bien le type de fraude que ce portail est censé contrer : signatures falsifiées, cachets périmés et codes d’autorisation invalides figurant sur des documents par ailleurs plausibles, qui accompagnent souvent de l’or ou des diamants issus des circuits informels d’un pays voisin et non du producteur mentionné sur le permis. Grâce au code QR lié au dossier MCAS en temps réel, l’autorité émettrice et l’administration douanière qui réceptionne l’envoi s’appuient sur la même source d’authentification. La vérification ne consiste plus en un simple examen de documents, mais en une recherche dans une base de données ; chaque analyse est enregistrée, ce qui fournit aux deux parties un historique des vérifications qui facilite l’analyse a posteriori et le partage de renseignements.
À plus long terme, la RDF étendra sa plateforme pour en faire une chaîne de traçabilité numérique complète pour l’or et les diamants, qui permettra de suivre les minéraux depuis le site d’extraction jusqu’à leur exportation, en passant par leur évaluation. Les autorités douanières et fiscales des pays de destination obtiendront ainsi un historique ininterrompu et vérifiable des vérifications pour chaque envoi franchissant la frontière. Quant aux pays producteurs, ils se mettront ainsi en conformité avec les normes internationales, notamment le système de certification du processus de Kimberley.
Ce projet a été mené en étroite collaboration avec la NMA en Sierra Leone, ainsi qu’avec le MME et la LRA au Libéria. Étant donné que le MCAS est fourni gratuitement aux administrations des pays en développement, ce modèle est conçu pour favoriser une appropriation institutionnelle à long terme et non pour engendrer une dépendance vis-à-vis des fournisseurs. En février 2026, la commission des minéraux du Ghana a organisé à Accra un atelier sur les systèmes de gouvernance de la RDF, qui a réuni toutes les autorités minières utilisant le MCAS. La Sierra Leone et le Libéria y ont présenté leurs résultats en matière de traçabilité des exportations, qui ont suscité l’admiration des participants.
Les administrations douanières souhaitant obtenir davantage d’informations sur le système de vérification ou les procédures d’exportation sont invitées à utiliser les coordonnées ci-dessous.
En savoir +
Contacter la RDF
Service des minéraux précieux et du commerce de la NMA (Sierra Leone), Mohammed Bah (directeur)
Ministère des mines et de l’énergie du Libéria, Rebecca Fallah (directrice)