Dossier: Protégér la société

Une douane qui protège la société par sa vigilance et son engagement

23 juin 2026
Par Ian Saunders, WCO Secretary General

Chaque année, l’OMD choisit un thème comme point focal des activités de l’Organisation et de la communauté douanière internationale. C­e thème offre un point de convergence et sert de source d’inspiration, nous incitant à poursuivre nos efforts pour atteindre une efficacité encore plus grande. Il nous aide également à nous rappeler nos priorités et nous encourage à harmoniser nos efforts, étant entendu que les réalisations les plus marquantes sont le résultat d’un effort collectif.

Cette année, l’OMD a invité ses Membres à mettre davantage en avant le rôle de la douane au service de la protection de la société, avec le thème « Une douane qui protège la société par sa vigilance et son engagement ». Ce thème se fonde sur une vérité simple mais souvent oubliée : les douaniers veillent à la sécurité de la société, et leur capacité à s’acquitter de cette mission a une incidence directe sur la qualité de vie des citoyens. Il fait référence aussi bien au travail des douaniers de première ligne qu’à celui de ceux et celles qui construisent l’écosystème qui leur permet de lutter efficacement contre la fraude.

Cet article explique comment ce thème prend forme grâce aux efforts de l’OMD, à l’engagement de ses Membres et à la collaboration fructueuse avec des partenaires du monde entier.

La douane : un rempart face à toute une série de menaces

Les administrations douanières se voient collectivement confier la gestion réglementaire des flux commerciaux mondiaux et sont appelées à répondre simultanément à de multiples impératifs gouvernementaux : sécurité aux frontières, recouvrement des recettes, croissance économique et protection de la société.

Les résultats des récentes opérations thématiques de lutte contre la fraude menées par l’OMD sont à la fois encourageants et alarmants. D’un côté, ils montrent que les capacités de lutte contre la fraude ont été renforcées et que les douanes font preuve d’une plus grande vigilance. De l’autre, ils témoignent d’une dure réalité : tous les modes de transport transfrontalier et l’infrastructure même du commerce continuent d’être utilisés à des fins malveillantes et détournés par les réseaux criminels pour des trafics illicites de toutes sortes impliquant des marchandises, des êtres humains, des espèces sauvages et de l’argent.

Les opérations de l’OMD permettent aux participants de mettre à l’épreuve l’efficacité de leurs procédures et de leurs pratiques de travail, d’échanger en temps réel des informations sur les envois suspects et les saisies, et de répertorier les tendances et les modes opératoires en analysant les renseignements communiqués par d’autres.

Certains produits qui font l’objet de contrebande soulèvent des inquiétudes croissantes. Les opioïdes synthétiques, notamment le fentanyl, les nitazènes et leurs analogues, constituent la menace émergente la plus préoccupante dans le domaine des stupéfiants, en raison de leur forte létalité, même en très petites quantités, mais aussi du fait que leur composition chimique peut être rapidement adaptée pour contourner les contrôles et que leurs chaînes d’approvisionnement deviennent de plus en plus sophistiquées. Dans le domaine des armes légères et de petit calibre, l’essor des systèmes d’armes modulaires représente un autre défi émergent majeur pour la lutte contre la fraude. À cela vient s’ajouter le trafic et le détournement des composants de drones, notamment des composants électroniques à double usage, des modules de navigation, des appareils d’optique, des équipements de communication et des systèmes d’alimentation.

Le partage des données et de renseignement : un impératif collectif plus important que jamais

Si nous voulons détecter les activités délictueuses et y mettre un terme, il est essentiel de comprendre le fonctionnement des réseaux criminels, la nature de leur commerce et les méthodes qu’ils utilisent pour déplacer illicitement des marchandises. Face à ce défi, l’OMD a mis à la disposition de ses Membres plusieurs applications pour étayer leurs efforts de collecte et de partage d’informations, parmi lesquels la suite du Réseau douanier de lutte contre la fraude (CEN), qui comprend l’application CEN en soi, la plateforme de communication du CEN (ou CENcomm) et le CEN national (ou nCEN).

Outil-phare de l’Organisation, le CEN est fondamentalement une base de données couvrant les saisies, les délits commis et les images y associées. À plusieurs reprises, le fait de consulter le CEN a permis de détecter des infractions douanières. L’utilisation opérationnelle des données du CEN se reflète aussi dans les activités du réseau des Bureaux régionaux de liaison chargés du renseignement (BRLR). Les BRLR partagent en moyenne quelque 100 alertes de renseignement chaque année via le CEN, en se basant sur l’analyse des données de lutte contre la fraude et sur le renseignement régional.

Au milieu d’impressionnantes piles de marchandises de contrebande saisies, un agent de la Douane des Philippines procède à un examen méticuleux pour vérifier et évaluer les biens interceptés Copyright: Douane des Philippines

L’OMD continue à encourager ses Membres à alimenter davantage la base de données CEN. Il en va de leur propre intérêt et de celui de la communauté douanière mondiale. Disposer du CEN en soi ne suffit pas ; convaincre les Membres d’utiliser cette ressource de façon optimale est ce qui importe. Une fonctionnalité de visualisation des données a été ajoutée à l’application dans le but de mettre en lumière la valeur du CEN et des données elles-mêmes, et également d’aider les administrations douanières qui ne disposent pas des capacités analytiques requises pour traiter de manière pertinente les données contenues dans la base de données. Cette fonctionnalité permet de transformer les jeux de données complexes du CEN en représentations visuelles, facilitant ainsi l’analyse des tendances, le relevé des itinéraires suivis et la divulgation d’informations stratégiques au niveau national, régional et mondial, grâce à des tableaux de bord interactifs.

En complément de la puissance analytique du CEN, le CENcomm soutient la dimension opérationnelle du travail mené par les douanes et les organismes chargés de l’application de la loi. Ce système sécurisé axé sur le Web permet à un groupe restreint d’agents d’échanger des messages et de partager des informations en temps réel, pendant toute la durée d’une opération ou d’un projet. Nous venons de procéder à une modernisation majeure du CENcomm, dans le but d’en faire un outil plus intuitif, plus sûr et plus efficace. La plateforme mise à niveau offre des possibilités de collaboration renforcée, une géolocalisation en temps réel pour permettre une identification plus précise des lieux de saisie et des plaques tournantes du trafic, des fonctionnalités d’échange de données améliorées et une interface moderne accessible sur tous les appareils.

Combler les écarts en matière de collecte et d’analyse des données pour garantir notre réussite

Consciente que certains Membres ne disposaient d’aucune application permettant de collecter, de stocker, d’analyser et de diffuser efficacement les informations relatives à la répression de la fraude afin de mettre en place des capacités de renseignement solides, l’OMD a mis au point, en 2013, le Réseau douanier national de lutte contre la fraude (nCEN). Aujourd’hui, le nCEN a été déployé dans 59 pays et les administrations qui y soumettent systématiquement leurs données ont pu constater que l’outil améliore leurs capacités de ciblage.

26 administrations Membres se sont également dotées du Système de Ciblage du Fret (SCF) qui renforce la gestion du risque en traitant les données puisées dans les manifestes de marchandises électroniques, les connaissements et les lettres de transport aérien. Des préparatifs sont en cours en vue de l’installer dans sept pays de la région d’Afrique centrale, grâce au financement de l’Union européenne (UE).

Depuis 2022, l’OMD héberge une plateforme collaborative de données géospatiales : le Géoportail de l’OMD. La plateforme prend en charge les données fournies par les utilisateurs et l’intégration d’ensembles de jeux de données géospatiales externes, et ses données peuvent être incorporées aux flux de travail géospatiaux locaux. Développée à l’intention des participants au projet COLIBRI, qui a été financé par l’UE afin d’aider les administrations chargées de la lutte contre la fraude à mettre en place des contrôles efficaces dans l’aviation générale, elle est aujourd’hui une plateforme multi-projets qui peut potentiellement héberger d’autres projets pour lesquels il serait souhaitable d’exploiter les données géospatiales.

Le soutien de l’OMD aux fonctions d’analyse des douanes s’est renforcé au cours des dernières années avec la mise au point d’initiatives visant à permettre aux Membres de mieux comprendre le potentiel de l’intelligence artificielle (IA) et de l’apprentissage automatique, ainsi que leurs nombreuses implications.

Afin de contribuer à réduire l’écart entre administrations dans ces domaines, tout en prenant acte du fait qu’ils doivent eux-mêmes piloter le déploiement de technologies et tenir compte des réalités opérationnelles, les Membres de l’OMD ont contribué à un ensemble exhaustif de ressources dans le cadre du projet sur les douanes intelligentes, financé par l’Administration des douanes chinoises. Des ateliers régionaux et nationaux sont régulièrement organisés sur la base de ces outils pour formuler des recommandations et élaborer des feuilles de route avec les participants.

De plus, dans le cadre du projet BACUDA, financé par le Service de la douane de Corée, des algorithmes spécifiques ont été développés dans des langages de programmation de sources ouvertes et un programme de bourses a été créé pour permettre aux analystes de données douanières de passer trois mois en Corée afin d’approfondir leurs connaissances concernant les applications pratiques de l’IA dans les administrations douanières, la visualisation des données et la narration de données. Si l’analyse des données en soi est essentielle, il est tout aussi crucial de comprendre comment en communiquer effectivement les résultats.

Des douaniers tchèques prélèvent des échantillons sur des marchandises saisies. Copyright : Douane tchèque

Se mobiliser en douane pour empêcher les trafiquants d’exploiter l’aviation générale

Il y a quelques années, l’Organisation a commencé à s’intéresser à l’aviation générale car il s’agit d’un vecteur crucial qui est trop souvent exploité par les réseaux criminels. Deux initiatives de lutte contre la fraude de l’OMD – le Projet sur la détection de drogues synthétiques financé par le Département d’État des États-Unis[1] et le Projet COLIBRI – visent à relever les défis liés à cette menace en collaboration avec les Membres, en vue d’améliorer l’évaluation des risques, de renforcer la préparation opérationnelle dans les aéroports d’aviation générale et d’approfondir la coopération entre les services douaniers, les autorités de l’aviation civile et les forces de l’ordre.

Selon une enquête menée en 2026, les 16 administrations douanières participant au projet COLIBRI estiment que, grâce à ce dernier, le contrôle de l’aviation générale est passé d’une activité périphérique à un domaine de lutte contre la fraude structuré, fondé sur le renseignement et coordonné au niveau international. De nombreuses administrations utilisent désormais le Géoportail de l’OMD dans leurs activités quotidiennes et certaines sont en train de développer des plateformes nationales pour recevoir à l’avance les données des déclarations générales de vol, établir des indicateurs clairs d’une maturité numérique accrue et assurer une meilleure analyse des risques avant l’arrivée.

Ces projets ont également contribué à l’élaboration de nouveaux indicateurs de risque pour l’aviation générale, qui ont été intégrés dans un nouveau chapitre du volume 2 du Recueil de l’OMD sur la gestion des risques.

Le profilage des envois postaux et express : une compétence fondamentale qui doit faire partie du mandat de la douane

Conformément à la priorité accordée au commerce électronique dans son plan stratégique, l’OMD a entrepris des travaux visant à renforcer l’action des douanes dans le domaine du courrier postal et des services de livraison express. Les indicateurs de risque liés aux envois postaux et express ont été mis à jour et affinés grâce à la contribution de divers experts des douanes, de l’OMD, de l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) et de l’Union postale universelle (UPU) qui ont travaillé ensemble pour déterminer la manière de renforcer les mesures opérationnelles de lutte contre le trafic de drogues de synthèse via les services postaux et de messagerie.

Les données du CEN montrent que le nombre de saisies signalées en 2025 impliquant des nouvelles substances psychoactives a doublé pour atteindre 7 721 cas (soit une hausse de 108,8 %) par rapport à 2024 et que 78,9 % de ces saisies portaient sur des envois postaux. Cela dit, les NSP et les drogues en général ne sont pas les seules marchandises circulant dans des colis postaux et express. Ce vecteur représente 44,8 % de l’ensemble des cas signalés au CEN.

Ce pourcentage s’explique en partie par le fait que les opérations phares de lutte contre la fraude menées par l’OMD se concentrent sur ces modes de transport, mais il montre également à quel point il est important que les douanes acquièrent des capacités spécialisées de profilage des risques dans ce domaine pour un large éventail de marchandises.

Ian Saunders, Secrétaire général de l’OMD, et Bashir Adewale Adeniyi, Président du Conseil de l’OMD, en compagnie de membres de l’équipe chargée des drones à la Douane néerlandaise, lors de la 46e session du Comité de la lutte contre la fraude

Renforcer les capacités d’utilisation du renseignement géospatial (GEOINT) : un autre domaine de travail prometteur

Véritable nouveau paradigme de connaissance, voire discipline à part entière, le GEOINT combine l’imagerie satellite, les systèmes d’information géographique (SIG), la télédétection, les données de positionnement et l’analyse de données pour fournir une représentation visuelle des caractéristiques géographiques, des activités et des changements au fil du temps. Le GEOINT s’attaque aux problèmes persistants de la gestion des frontières, en particulier dans les zones sujettes aux conflits et difficiles d’accès, comme préconisé par le Plan d’action de l’OMD sur les frontières fragiles, en permettant aux autorités douanières de visualiser, de mesurer et de prévoir les événements dans l’espace et dans le temps. Loin de remplacer l’expertise humaine ou la coopération interservices, il les renforce en fournissant un cadre géospatial unique où les agences peuvent superposer leurs données, coordonner leurs interventions et concentrer leurs ressources plus efficacement.

Afin de soutenir les administrations utilisant le GEOINT, l’OMD a créé un vivier d’experts capables de former leurs pairs à cette discipline par le biais du Programme de maîtres formateurs, qui est une initiative financée par l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA). À ce jour, le vivier compte 15 formateurs venant d’administrations Membres de l’OMD d’Afrique, qui sont en mesure d’intégrer le GEOINT dans les opérations douanières de leurs pays respectifs. En outre, 28 autres agents suivent actuellement une formation et devraient obtenir le statut de maîtres formateurs d’ici à juin 2027. Le Géoportail de l’OMD a été mis à la disposition de toutes les administrations participantes et plusieurs d’entre elles ont déjà créé des unités spécialisées dans le GEOINT ou sont en passe de le faire.

Un chien de détection de la Douane, accompagné de son maître-chien et assisté d’un officier de police, inspecte un navire étranger amarré au port et chargé de conteneurs. Copyright : Douane de Fidji

Coopération interservices : un axe d’action qui doit être maintenu

Les défis auxquels nous sommes confrontés dépassent notre capacité individuelle à y faire face, d’où que nous venions et où que nous soyons. Les douanes ne peuvent y arriver si elles estiment devoir gérer les menaces toutes seules. Toutes les activités de renforcement des capacités de l’OMD ont pour objectif central de renforcer la coopération au niveau national et international, et nombre d’entre elles sont menées avec le soutien technique de nos partenaires. Les formations, les ateliers et les opérations de lutte contre la fraude rassemblent souvent les douanes, les agences nationales concernées, les acteurs du secteur privé et des organisations internationales et régionales telles que INTERPOL, les secrétariats des accords multilatéraux sur l’environnement, l’UPU et l’OICS, afin de garantir qu’une approche globale et cohérente soit suivie pour lutter contre une menace ou un défi spécifique.

Une évaluation des principaux programmes et initiatives montre que les douanes, la police, les autorités fiscales, les cellules de renseignement financier et d’autres agences spécialisées collaborent de manière plus systématique et nouent des relations plus solides pour protéger la société si l’on combine la présence et l’expérience des douanes avec l’expertise et les prérogatives d’autres services dans le but de mettre un terme à la criminalité transfrontalière.

Faire connaître le rôle de la douane pour la protection de la société

Pour que les douanes jouissent du soutien qu’elles méritent, nous devons collectivement mettre en lumière le rôle décisif et vital qu’elles jouent. En expliquant au monde entier comment la communauté douanière contribue à améliorer l’efficacité, la sécurité et la prospérité, nous ouvrons la voie à une meilleure compréhension du travail de la douane, à une plus grande reconnaissance de cette institution et partant, à des investissements accrus dans ses services.

Le secrétaire général de l’OMD s’exprime lors de la session « Trade Tech : au service des citoyens » dans le cadre de la réunion annuelle 2025 du Forum économique mondial à Davos-Klosters, en Suisse. Copyright : Forum économique mondial

En tant que Secrétaire général de l’OMD, l’un de mes objectifs est de sensibiliser le public à l’importance des douanes. J’ai ainsi été en contact avec plusieurs médias ces derniers mois pour expliquer qu’au-delà du recouvrement des recettes, les douanes veillent, jour après jour, à la sûreté, à la sécurité et au bien-être de nos sociétés.

Ce numéro du magazine s’inscrit lui aussi dans la lignée de ces efforts et je tiens à remercier les nombreuses administrations douanières qui y ont contribué. Parmi les actions concrètes, j’avais demandé aux Membres de l’OMD de mettre en avant des initiatives et projets en lien avec le thème dans l’édition de juin 2026 de l’OMD Actualités. Je suis ravi qu’ils aient été si nombreux à répondre à cette invitation et à offrir un aperçu de la manière dont la douane protège la société par sa vigilance et son engagement.

[1] Le Projet sur la détection de drogues synthétiques bénéficie du financement du Bureau des affaires internationales de stupéfiants et de répression (INL) du Département d’État des États-Unis.