Examen par scanner des conteneurs : évolutions, innovations technologiques et impact sur la performance douanière au Port de Douala
23 juin 2026
Par Éric Pekassa Nsangou, Douane du Cameroun
Le recours aux équipements d’inspection non intrusive pour le contrôle des conteneurs s’est progressivement imposé comme l’un des principaux instruments de modernisation des administrations douanières à travers le monde. Dans un contexte marqué par l’accroissement des échanges commerciaux, le développement des réseaux criminels transnationaux et l’exigence d’une plus grande fluidité logistique, les administrations douanières doivent désormais concilier efficacité des contrôles, sécurisation de la chaîne logistique internationale et facilitation des échanges.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’évolution du dispositif d’examen par scanner des conteneurs dans les ports camerounais. Au Port de Douala, le système est progressivement passé d’un contrôle ciblé fondé sur l’analyse de risque à un modèle de scanning quasi systématique des conteneurs à l’importation et à l’exportation à partir de 2016. Le présent article analyse les différentes phases de mise en œuvre de l’examen par scanner des conteneurs dans le Port de Douala, les technologies mobilisées, les impacts opérationnels et économiques observés ainsi que les perspectives d’évolution du dispositif.
Contexte et évolution du dispositif de scanning au Port de Douala
La mise en place, dès 2005, d’une procédure d’examen par scanner des conteneurs au Port de Douala s’inscrivait dans une stratégie progressive de modernisation des contrôles douaniers et de sécurisation des flux commerciaux.
Cette réforme intervenait dans le contexte de l’adoption par l’Organisation mondiale des douanes du Cadre de normes SAFE visant à sécuriser et à faciliter les échanges internationaux. Celui-ci encourage notamment le recours aux techniques d’inspection non intrusive et au renforcement de la gestion des risques.
Le dispositif reposait initialement sur un scanner mobile utilisé en fin de procédure de dédouanement selon une logique de ciblage des conteneurs présentant un niveau de risque élevé. Ce scanner était exploité dans le cadre d’un partenariat entre l’État du Cameroun et une société spécialisée dans l’inspection des marchandises.
Une évolution majeure est intervenue en octobre 2016 avec la décision du Gouvernement camerounais d’instaurer une procédure d’examen systématique des conteneurs à l’importation et à l’exportation. Pour répondre à cette exigence, le premier scanner mobile a été remplacé par deux scanners fixes de grande capacité dédiés aux opérations d’importation.
En juillet 2017, un scanner dédié aux opérations d’exportation a été installé afin d’étendre le contrôle à l’ensemble des flux sortants. Le dispositif a ensuite été renforcé en juillet 2021 par l’installation d’un second scanner export situé hors du terminal à conteneurs, avec un démarrage effectif des opérations en mars 2022.
Depuis lors, le Port de Douala dispose d’un système de scanning couvrant pratiquement l’ensemble des conteneurs à l’importation et à l’exportation.

L’analyse de ces données montre que l’objectif de scanning quasi intégral est globalement atteint, même si certaines catégories de conteneurs échappent encore à cette procédure. Les écarts observés à l’importation s’expliquent principalement par l’existence de conteneurs spécialisés qui, en raison de leur configuration technique ou de leur gabarit, ne peuvent être examinés par scanner. Il s’agit notamment des conteneurs flat rack sans parois latérales, des conteneurs open top dépourvus de toit rigide, des conteneurs-citernes ainsi que des cargaisons hors gabarit. Ces marchandises font généralement l’objet de visites physiques par les services douaniers.
Concernant les exportations, il apparaît qu’à partir de 2022 le nombre de conteneurs scannés devient légèrement supérieur au nombre de conteneurs effectivement embarqués. Cette situation s’explique par le fait que seuls les conteneurs préalablement scannés sont admis sur le terminal export, alors que certaines cargaisons peuvent finalement être retirées ou abandonnées pour diverses raisons commerciales ou logistiques : rupture de contrat, annulation de la procédure d’exportation ou changement de conditionnement.
Architecture technologique et intégration des systèmes
Le système exploité au Port de Douala repose sur une architecture technologique intégrée associant scanners à rayons X, plateformes numériques et outils d’intelligence artificielle.
Les quatre scanners de haute capacité actuellement déployés peuvent chacun traiter jusqu’à 100 conteneurs par heure. Les données générées sont centralisées dans une plateforme numérique développée par l’opérateur afin d’assurer une gestion harmonisée des informations issues d’équipements de différents fabricants.
L’intégration récente de solutions d’intelligence artificielle a considérablement renforcé les capacités analytiques des services douaniers grâce à l’assistance à l’interprétation des images, à la détection automatisée des anomalies, à la prédiction des marchandises à partir des codes SH ainsi qu’au croisement automatisé des données déclaratives et des images scanners.
La plateforme D-TECT est interconnectée avec plusieurs systèmes d’information opérant dans l’environnement portuaire, notamment le portail CAMCIS pour la Douane, NAVIS pour la Régie du Terminal à Conteneurs ainsi que les plateformes du Guichet Unique du Commerce Extérieur.
Cette interconnexion favorise la circulation rapide de l’information et contribue au développement d’un environnement numérique intégré de contrôle du commerce extérieur.
Impacts opérationnels et performances douanières
La généralisation du scanning a profondément transformé les méthodes de contrôle douanier au Port de Douala.
Dès leur déchargement, les conteneurs sont dirigés vers les sites d’examen où les images scanners sont automatiquement rapprochées des données du manifeste et des déclarations en douane. Cette centralisation de l’information fournit aux inspecteurs un environnement d’analyse unique facilitant la détection des dissimulations frauduleuses, l’identification des fausses déclarations, le ciblage des contrôles physiques ainsi que l’amélioration de la gestion des risques.
Au fil des années, l’exploitation des images scanners est devenue un véritable outil d’aide à la décision pour les inspecteurs de première ligne, les services de contre-visite et les unités de gestion des risques.
En 2025, près de 90 % des déclarations ayant fait l’objet de redressements dans le secteur douanier du Littoral 1 ont été détectées grâce à l’exploitation des images scanners. Sans ces images, les opérations de contrôle auraient probablement abouti à des redressements moins ciblés, plus longs à établir et potentiellement moins efficaces.

Cette image présente un conteneur à l’importation dans lequel seuls les véhicules étaient déclarés dans le Document Administratif Unique (DAU), document qui regroupe toutes les informations nécessaires pour l’importation des marchandises et dont l’envoi lance le processus de dédouanement proprement dit dans le système CAMCIS. Après vérifications des images, l’inspecteur en charge de la déclaration a découvert d’autres marchandises dans le conteneur et l’inspection physique a permis de déterminer les espèces et quantités correctes, et, par conséquent, les droits et taxes de douane à payer.


Les deux images ci-dessus présentent deux conteneurs remplis de bois en grume (équarris) mais dont la cargaison avait été déclarée en douane comme étant du bois débité pour profiter de l’exonération du paiement des droits et taxes. Ces conteneurs ont fait l’objet de liquidation de droits et taxes supplémentaires après vérification des images issues du scanner et constatation des incohérences. À titre de comparaison, l’image ci-dessous présente un conteneur de bois débité.

Le secteur douanier couvrant le port de Douala occupe par ailleurs une place prépondérante dans les performances budgétaires de la Douane camerounaise.

Ces résultats mettent en évidence le rôle central du Port de Douala dans la mobilisation des recettes douanières nationales. Le scanning contribue à cette performance en renforçant la détection des fraudes tarifaires, le contrôle de la valeur, l’identification des marchandises non déclarées et la sécurisation de l’assiette fiscale.
L’impact du contrôle non intrusif des conteneurs sur la facilitation des échanges demeure néanmoins plus difficile à mesurer de manière exhaustive. Les données disponibles montrent toutefois une amélioration progressive des délais de traitement des déclarations malgré l’augmentation des volumes commerciaux. En 2025, le délai moyen de liquidation des déclarations associées aux conteneurs scannés était estimé à environ 1,2 jour. Toutefois, le dispositif reste exposé à certains risques de perturbation. Les difficultés rencontrées au cours du premier trimestre 2026 lors de la « crise des scanners » ont notamment montré que des dysfonctionnements techniques ou contractuels peuvent avoir un impact immédiat sur la fluidité portuaire et les délais de dédouanement.
Limites et défis du dispositif
Malgré ses résultats positifs, le système de scanning des conteneurs au Port de Douala fait face à plusieurs défis.
Parmi les principales limites figurent la dépendance technologique vis-à-vis de l’opérateur privé, les risques de congestion en cas de panne des équipements, l’insuffisante prise en charge des cargaisons hors gabarit, les besoins croissants en maintenance spécialisée, la nécessité d’une formation continue des analystes d’images ainsi que les enjeux de cyber sécurité liés à l’interconnexion des systèmes numériques.
Le contrôle systématique des conteneurs soulève également la question de l’équilibre entre sécurisation des échanges et facilitation du commerce. Une généralisation excessive des contrôles pourrait en effet entraîner des ralentissements logistiques si les capacités techniques et humaines ne suivent pas l’évolution des flux.
Perspectives d’avenir
Les perspectives d’évolution du dispositif de scanning dans les ports camerounais s’inscrivent dans une logique de transformation numérique et d’intégration inter administrative.
L’opérateur du scanning au Port de Douala envisage, conformément à ses engagements contractuels, la mise en place d’une plateforme nationale centralisée permettant la mutualisation des analyses et le partage des données entre plusieurs administrations, notamment la Douane, les autorités portuaires, la police, la gendarmerie et les autres services de contrôle. Ce projet s’inscrit dans la dynamique de modernisation du Guichet Unique des opérations du Commerce Extérieur et vise à créer un véritable écosystème numérique du commerce extérieur.
Une telle plateforme permettrait notamment la transmission automatique des images scanners, un accès sécurisé aux données pour les administrations autorisées, un archivage traçable et opposable, le développement des contrôles conjoints ainsi qu’un meilleur partage du renseignement.
Les évolutions futures devraient également porter sur l’élargissement des capacités de l’intelligence artificielle, l’amélioration des systèmes de détection automatisée, le développement d’alertes intelligentes après croisement des données ainsi que le renforcement des équipements mobiles pour les cargaisons hors gabarit. Ces transformations devront nécessairement s’accompagner d’un renforcement des capacités techniques et analytiques du personnel douanier.
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