Panorama

Bâtir des organisations résolument axées sur la technologie : l’expérience de la Douane chinoise

Par Wang Lingjun, Vice-ministre, Administration générale de la douane de la République populaire de Chine

Une nouvelle administration des douanes

En mars 2018, le gouvernement chinois a décidé d’intégrer au sein de la Douane le personnel du Bureau pour l’inspection et la quarantaine des entrées et sorties. Ainsi, le 20 avril dernier, les fonctionnaires chargés de vérifier et certifier la conformité des produits dans les 306 ports chinois ont commencé à travailler en tant que douaniers. Cette date marque donc la naissance de la nouvelle Douane chinoise.

La réforme a amené son cortège de possibilités mais aussi de défis.

Premier défi

Comment arriver à une pleine intégration de la Douane et des services de contrôle et de quarantaine ? Un tel effort exige de mettre au point des procédures complètement nouvelles de dédouanement et de déployer de nouveaux systèmes informatiques. Ce n’est qu’en intégrant les plateformes informatiques des deux services que nous pouvions enclencher une « réaction chimique » qui transforme véritablement la Douane chinoise et permette de vérifier qu’effectivement « 1+1 » fasse 2.

Les procédures ont donc été simplifiées, les normes internationales adoptées et la structure de la base de données TI reconstruite et optimisée, conformément aux différents modèles d’activités. Les frais associés à la préparation des documents encourus par les opérateurs commerciaux et les coûts liés à la supervision administrative revenant à la Douane ont été réduits simultanément, aboutissant à une situation gagnant-gagnant tant pour les commerçants que pour la Douane.

Deuxième défi

Comment protéger la porte d’entrée sur le territoire national ? La nouvelle Douane chinoise doit à présent assumer de plus grandes responsabilités en matière de sécurité des frontières et prévenir les risques liés au recouvrement des recettes, à la santé publique, à la biosécurité, à la sécurité alimentaire, aux articles illégaux et marchandises en général.

Troisième défi

Comment arriver à une ouverture globale vis-à-vis des transactions de commerce électronique et à une meilleure gestion de ces mêmes transactions ? Au cours des dernières années, les volumes du commerce électronique transfrontalier en Chine n’ont cessé de s’accroître rapidement. Par exemple, en 2017, la Douane chinoise a géré 1,89 milliards de colis entrants et sortants. Le 11 novembre, journée de shopping la plus populaire en Chine, notre Système douanier de dédouanement du commerce électronique transfrontalier a traité 16,9 millions de manifestes.

À nouveaux défis, nouvelles solutions

Compte tenu de nos ressources limitées, nous nous sommes tournés vers la technologie pour améliorer l’efficacité et économiser en ressources humaines et avons déjà réalisé quelques avancées au cours des cinq dernières années. Certaines sont présentées ci-après.

Capacités accrues en matière d’inspection non intrusive

En 2017, nous nous sommes penchés sur l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans les systèmes et dispositifs d’imagerie radioscopiques, à rétrodiffusion à rayons X et à ondes millimétriques. Des projets pilotes ont été menés pour mettre à l’épreuve les capacités d’auto-détection des machines. La technologie semble prometteuse dans la mesure où nous avons réussi à détecter des articles soumis à des prohibitions et à des restrictions grâce à l’utilisation d’une application de détection automatique. Elle sera à présent déployée sur certains des appareils de détection, qui seront reliés aux systèmes informatiques douaniers ainsi qu’à une base d’images scannées.

Certains passagers, profitant du seuil quantitatif et de valeur susceptible d’entraîner des droits et taxes, effectuent plusieurs voyages afin d’entrer sur le territoire national avec des marchandises en quantité et en valeur en-dessous du seuil établi. Pour répondre à ce phénomène, nous utilisons la technologie de la reconnaissance faciale pour alimenter une base de données des visages des voyageurs entrant sur le territoire national et en sortant fréquemment. Nos agents sont à présent capables de localiser plus facilement les suspects dans le circuit de contrôle de voyageurs et de mener une inspection non intrusive en utilisant un scanneur corporel à ondes millimétriques. Nos efforts à cet égard ont eu un énorme effet dissuasif sur les activités de contrebande.

En outre, des robots ont été déployés pour répondre aux questions des voyageurs et les guider tout au long du processus de dédouanement. Nous sommes également en train d’examiner comment ils pourraient nous aider dans notre travail de vérification et de détection des rayonnements.

Un ciblage plus précis

Le nouveau système informatique douanier a été construit de manière à incorporer et à analyser les mégadonnées ou « Big Data », c’est-à-dire les données agrégées provenant de différentes sources et arrivant sous des formes multiples. Un Centre d’application des mégadonnées et une Plateforme des mégadonnées ont donc été mis sur pied. Nous avons graduellement façonné un modèle opérationnel qui combine les analyses des experts en matière de risque et les analyses  des logiciels. Par exemple, les experts ont transformé des milliers de cas couronnés de succès en modèles d’algorithme et des centaines de cas de contrebande ont été relevés et punis, pour une valeur de plus de 16 milliards de renminbi.

 

Grâce à une analyse des données plus précise, nous pouvons compenser nos contraintes en matière de ressources humaines et répondre à la charge de travail croissante en matière de surveillance. Par ailleurs, nous avons mis en place un système de vidéosurveillance afin de permettre le suivi en temps réel de plus de 1900 sites où des opérations douanières sont entreprises.

Numérisation

Nous avons créé une plateforme intégrée qui fusionne les fonctionnalités tant du site web d’information de la Douane que du guichet unique. Le nouveau dispositif fournit donc près de la totalité des services relatifs aux procédures douanières et portuaires en ligne. En 2017, 50 % des documents commerciaux étaient traités moyennant le guichet unique et il est prévu d’atteindre 70 % pour la fin de cette année. Nous avons également ouvert pleinement l’accès aux données opérationnelles douanières, ce qui permet aux entreprises de suivre le processus de déclaration par Internet, grâce à des applications mobiles, voire à travers les réseaux sociaux.

De plus, un Centre de ciblage douanier et un Centre de supervision pour le recouvrement des recettes ont été établis, chacun mettant au point ses propres processus d’analyse des risques séparément. Où qu’elles se trouvent, les entreprises peuvent à présent bénéficier du même service. Grâce à ces initiatives, le temps nécessaire au dédouanement pour les importations et les exportations en 2017 a été réduit d’un tiers, comparé à 2016.

L’avenir

Nous sommes convaincus que, pour améliorer les mécanismes de contrôle, notre environnement TI doit être conforme aux normes internationales et évoluer de manière continue. L’examen et la mise en place de nouvelles technologies représente un processus constant, voué à ne jamais s’arrêter. Nos ressources se centrent à présent sur l’étude des possibilités offertes par la technologie des chaînes de blocs en matière de recueil et de partage des données couvrant toutes les étapes de production, de traitement, d’entreposage et d’utilisation, tant au niveau national qu’à l’étranger. Enfin, nous étudions le potentiel de la réalité virtuelle et sa possible utilisation pour former nos agents à faire face aux attaques terroristes, à mettre en place les dispositions nécessaires pour contrôler les épidémies ou encore à gérer les contrôles sur les navires. Des projets pilotes font actuellement l’objet d’une promotion au sein de diverses unités douanières.

 

En savoir +
www.customs.gov.cn