Dossier

Aperçu du programme de chiens détecteurs de la Douane australienne

Par le Service des forces frontalières australiennes

Le programme de chiens détecteurs du Service des forces frontalières australiennes (Australian Border Force – ABF) est un programme national qui se divise en deux sous-sections :

  • la section opérationnelle chargée de coordonner les travaux de sept unités opérationnelles à Adélaïde, Brisbane, Cairns, Darwin, Melbourne, Perth et Sydney.
  • la section élevage et dressage chargée de l’élevage des chiens renifleurs et du programme de développement et de formation des maîtres-chiens afin de garantir le déploiement d’une équipe cynotechnique de haute volée.

Le présent article se centre sur ce dernier axe de travail et, plus spécifiquement, sur le travail mené au National Detector Dog Program Facility (NDDPF), centre cynotechnique situé près de l’aéroport de Melbourne. C’est là que l’ABF élève les chiens détecteurs et assure la formation des équipes cynotechniques avant qu’elles ne soient déployées sur le terrain. L’infrastructure du NDDPF permet d’assurer plusieurs cours de formation qui sont menés par des agents dévoués, hautement qualifiés et expérimentés. Les équipes répondent aux besoins de l’ABF et d’organismes partenaires, comme la Police fédérale australienne, tant au niveau national qu’international.

Élevage

L’ABF élève des chiens depuis 1993. La race privilégiée par le service est le labrador retriever, connu pour sa persévérance, son caractère stable, son adaptabilité aux environnements plus difficiles et son apparence rassurante. Via son programme de chiens détecteurs, l’ABF se donne pour but d’élever une colonie de chiens en bonne santé, dont un grand pourcentage pourra être mis à son service. La santé et le bien-être animal constitue la priorité absolue.

Un plan d’élevage annuel est élaboré en fonction de la demande, des capacités, des ressources et du financement disponibles. Ce plan doit tenir compte de questions parfois épineuses telles que le choix de profils génétiques aux fins de la reproduction, en vue d’éliminer ou de limiter certains traits adverses transmissibles, tout en tenant compte des qualités les plus importantes pour un chien d’utilité.

En comparaison avec d’autres services privés ou publics gérant des programmes cynotechniques similaires, l’ABF n’a été confronté qu’à très peu des problèmes de santé récurrents qui font généralement obstacle à un élevage durable. Ce succès relatif est principalement dû à l’expérience et à l’expertise acquises par le personnel, que ce dernier ne cesse d’approfondir et d’améliorer à travers des travaux de recherche, une coopération continue avec d’autres programmes cynotechniques et spécialistes du domaine, ainsi qu’au travers d’une évaluation constante des pratiques et procédures en place.

 

Les principales contraintes du programme d’élevage concernent les ressources et les infrastructures, et plus spécifiquement :

  • les effectifs et le nombre de reproducteurs ;
  • les compétences du personnel concernant les activités plus complexes d’élevage ;
  • la disponibilité d’espaces suffisants pour la mise-bas et pour les pouponnières afin de garantir la poursuite des activités en toute sécurité.

Des agents du programme d’élevage et de développement des chiens ainsi que des préposés aux animaux s’occupent des femelles avant et après l’accouchement. La santé et le bien-être des chiennes et des chiots sont de prime importance et un service de surveillance de la mise-bas est assurée 24 heures sur 24 pendant 8 jours, ce qui exige une réaffectation d’une partie des effectifs au centre durant cette période.

Programme de famille d’accueil

L’ABF a prévu d’élever quelque 160 chiens cette année. Gérer cette quantité de chiens sur site n’est pas chose pratique, ni sous la perspective des ressources ni sous celle des infrastructures. L’ABF compte donc sur le soutien d’un réseau de bénévoles qui s’occupent d’accueillir les chiens chez eux.

Les chiens sont ainsi placés dans différentes familles d’accueil, vivant à Melbourne et dans ses environs, pendant les 12 premiers mois de leur vie. Le réseau, créé en 1993, compte actuellement quelque 250 volontaires en tout. Il n’est pas facile de maintenir un vivier adéquat de bénévoles et l’ABF entreprend de nombreuses activités de publicité et de promotion.

Le rôle de la famille d’accueil est de permettre au chien de se socialiser et d’acquérir une expérience de vie avant d’entamer sa carrière de chien d’utilité. Toute personne souhaitant s’occuper d’un chien doit se soumettre à un processus long et approfondi. La procédure dure 10 semaines à peu près, depuis le moment du dépôt de la candidature jusqu’à son approbation. En effet, les demandes doivent être validées et des visites sur site sont effectuées pour vérifier que les jardins et les arrière-cours soient adaptés aux besoins de l’animal. Par ailleurs, les candidats doivent se soumettre à des entretiens et à des évaluations afin de déterminer s’ils ont une bonne affinité avec les chiens. Chaque accompagnant doit suivre des séances de formation et a accès à un service de soutien 24 heures sur 24. Il a aussi droit à un conseil tout au long du séjour du chien chez lui. Cet investissement porte ses fruits sur le long terme. Le réseau est fait de passionnés, prêts à tout pour améliorer les chances de succès de leur chien. Malheureusement, tous les animaux ne deviendront pas des chiens d’utilité. Le personnel en charge du programme de chiens détecteurs doit ainsi gérer les attentes mais aussi les déceptions des familles d’accueil lorsque les chiens sont jugés inaptes au service. Ces moments plus difficiles sont toutefois peu de choses en comparaison à la joie et la fierté immenses qu’elles ressentent lorsque « leur » chien obtient son « diplôme » et entre au service de l’ABF ou d’un autre organisme.

Programme de développement de l’ABF

Avant que le chien ne soit envoyé en famille d’accueil, le NDDPF entreprend des activités de développement et d’évaluation de ses capacités. À trois semaines, les chiots sont placés dans la pouponnière où ils sont encouragés à explorer leur environnement et à interagir librement. Ils ne sont envoyés en famille d’accueil qu’à neuf semaines.

Les chiots sont régulièrement ramenés au centre pour des activités de développement et d’évaluation des progrès réalisés qui se centrent sur :

  • la stabilité environnementale – la confiance du chien dans son environnement.
  • l’attitude générale – le sang-froid du chien et sa capacité à endurer le stress.
  • la performance – la motivation du chien à jouer et à chasser, sa capacité à communiquer qu’il a trouvé l’endroit où se trouve la source de l’odeur cible, ou comme nous disons dans le jargon, à donner une « désignation ».
  • le processus cognitif – comment le chien apprend.

Les chiens doivent vraiment apprendre à développer leurs capacités durant cette période, car il s’agit de les préparer au dressage et à la vie de chiens d’utilité. Malheureusement, tous ne passent pas à l’étape suivante, et ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Formation

L’ABF a acquis une excellente réputation pour la qualité de la formation impartie et pour son processus d’assurance de la qualité qui garantissent que toutes les équipes opérationnelles sur le terrain sont hautement qualifiées.

Le dressage d’un chien de détection et la formation de maître-chien se divisent en trois étapes :

  • un cours de formation de base pour le maître-chien de 12 semaines au NDDPF.
  • une phase de transition régionale de quatre mois dans le port d’attache du maître-chien.
  • un cours d’évaluation finale de quatre semaines au NDDPF durant lequel une formation plus poussée est conduite et des odeurs cibles supplémentaires sont introduites.

Le but premier est de promouvoir chez tous les chiens dressés un comportement indépendant, tant au niveau de la fouille que des décisions de détection. La méthodologie de formation de l’ABF s’articule comme suit :

  • un mélange de conditionnement instrumental (les chiens apprennent à travers des actions qui aboutissent à une récompense) et de conditionnement pratique (les chiens apprennent par association, ils répondent involontairement à un stimulus).
  • un accent mis sur le renforcement positif, c’est-à-dire que l’apprentissage se fonde sur l’octroi d’une récompense si le chien adopte le comportement souhaité.
  • l’utilisation d’un marqueur (un son ou un mot particulier) pour façonner le comportement.
  • un système de récompense principalement axé sur la cible et non la source.
  • l’utilisation d’un programme de renforcement variable (le comportement est renforcé lorsqu’un nombre variable de réponses correctes est constaté).
  • l’utilisation de compliments vocaux, de gâteries, de serviette-éponge, d’un jouet Kong, etc.

La formation est hautement technique et exigeante, en particulier parce que tant les maîtres-chiens que les chiens eux-mêmes sont des novices. Au total, chaque équipe cynotechnique devra passer par huit mois d’entraînement et d’apprentissage, peu ou prou, avant d’être agréée pour aller sur le terrain. À l’instar des chiens, tous les agents n’ont pas forcément le bon profil pour être maîtres-chiens dans une équipe cynotechnique et, si les exigences ne sont pas remplies, les agents retournent à leur poste d’origine au sein de l’ABF.

Le choix de la bonne personne est donc absolument essentiel. La procédure est certes difficile mais plus le processus est rigoureux, plus les chances de succès sont grandes. L’ABF recrute ses maîtres-chiens en interne. Le candidat idéal est une personne essentiellement motivée par les résultats, qui possède une bonne compréhension de l’environnement opérationnel, sait travailler en équipe et est capable de représenter l’organisation sur le plan professionnel. Un esprit analytique et la capacité à résoudre les problèmes sont un atout, dans la mesure où ils aident le maître-chien à anticiper les événements. Une très bonne condition physique est exigée étant donné qu’il ou elle sera appelé(e) à travailler dans une grande variété d’environnements. Une affinité avérée avec les chiens est en outre indispensable.

Conformément aux normes établies dans le cadre du programme de chiens détecteurs, les maîtres-chiens doivent assurer la bonne santé et le bien-être de leur animal, ainsi que leur bonne performance. Le respect de ces normes fait du reste l’objet d’une évaluation qui est menée annuellement et qui se fonde notamment sur des rapports d‘activités et des évaluations des agents en présence, dans leur unité régionale. La performance des équipes cynotechniques est examinée sur une période de douze mois. Les rapports font le relevé de leurs forces et faiblesses, et fournissent des stratégies pour améliorer leur performance. Cette approche permet d’avoir en continu une vision équilibrée de la performance de chaque équipe.

Déploiement et opérations

Les chiens détecteurs de l’ABF sont déployés dans toutes les zones opérationnelles de l’ABF afin de contrôler les personnes, les marchandises, le courrier, les navires, les aéronefs et les bâtiments. Les chiens renifleurs aident également les forces de police fédérales, fédérées et territoriales ainsi que d’autres organismes gouvernementaux pour les opérations de fouille. Les chiens sont capables de contrôler de grandes quantités de personnes et de marchandises, et ce rapidement et efficacement. Ils constituent un excellent outil de détection, en complément de technologies telles que la détection des traces de particules et la détection de rayonnements.

L’ABF dispose de chiens qui peuvent détecter les stupéfiants, les devises, les armes à feu, les explosifs et les produits du tabac. Plusieurs de ces capacités peuvent être fusionnées mais l’ABF a adopté une approche en silos pour le tabac et les explosifs qui constituent des odeurs cibles à part entière. La détection de stupéfiants reste la fonction principale de la plupart des chiens renifleurs et elle représente près de 60 % de toutes les activités opérationnelles entreprises dans le cadre du programme de chiens détecteurs.

Pour une performance optimale des chiens, il est nécessaire d’apporter un soutien pédagogique continu aux « groupes d’utilisateurs clients », c’est-à-dire aux unités qui font appel aux équipes cynotechniques. Les unités régionales du programme de chiens détecteurs jouent un rôle essentiel pour la promotion des capacités des chiens. Bien que les fonctionnaires du programme comprennent parfaitement bien ce dont un chien est capable, ce n’est pas le cas des autres agents et c’est tout à fait compréhensible. Un effort d’éducation s’impose concernant :

  • les capacités de détection – c’est-à-dire ce que les chiens sont capables de détecter. Des exemples de détections peuvent aider le groupe d’utilisateurs à continuer d’avoir confiance en l’utilité des équipes cynotechniques.
  • comment utiliser au mieux le chien – par exemple, comment aménager la zone de fouille pour lui donner un accès optimal aux produits, aux emplacements ou aux personnes cibles afin de lui offrir les meilleures chances de succès.
  • le soutien qui est exigé avant, pendant et après le déploiement.

© Service des forces frontalières australiennes

Comme indiqué plus haut, l’ABF coordonne sept unités régionales qui comptent au total 76 équipes cynotechniques actuellement déployées dans toute l’Australie. La gestion des capacités et des ressources est coordonnée au niveau central par le NDDPF, en consultation avec les unités régionales. Le but est de garantir que chaque région ait les moyens de répondre sans délai et en temps voulu aux demandes formulées par l’ABF ou par les agences partenaires. Ces demandes peuvent exiger qu’une équipe traverse des milliers de kilomètres dans des délais très courts. Le maître-chien doit veiller à ce que son chien reste opérationnel et soit constamment en mesure de servir au mieux les besoins des clients.

La priorité pour le personnel en charge du programme de chiens détecteurs est aussi de faire en sorte que les chiens d’élevage vivent une vie saine et épanouie après leur carrière professionnelle. Au moment où le chien est mis à la retraite, le maitre-chien a tout d’abord la possibilité de l’adopter. Sinon, le chien peut être adopté par sa famille d’accueil ou encore par toute autre personne ayant le profil adéquat, pour autant que notre équipe ait approuvé l’adoption.

Coopération avec les parties prenantes

Au cours des années, le programme cynotechnique a fourni toute une série d’activités d’assistance à diverses agences et programmes nationaux et internationaux. Par exemple, des chiens ont été mis à disposition des partenaires et des formations menées. Une assistance a aussi été apportée en matière d’élevage, de dressage, de déploiement d’unités opérationnelles et  de gestion de ces fonctions. Les activités les plus importantes ont notamment inclus :

  • la mise à disposition de 150 chiens au service d’autres agences durant les deux dernières années (malgré une diminution de la demande durant la pandémie de COVID-19).
  • la mise au point d’un programme de famille d’accueil parallèle en partenariat avec la Police fédérale australienne basée à Canberra.
  • la participation au cinquième Forum mondial cynotechnique de l’OMD, organisé par l’ABF.
  • l’apport continu d’un soutien pour renforcer les capacités au niveau des pays de la région, ensemble avec les partenaires internationaux, et ce malgré nos difficultés à répondre aux demandes soumises compte tenu de nos ressources et de nos infrastructures actuelles.

La pandémie de COVID-19

Comme dans tous les autres pays, l’Australie est également passée par des moments difficiles au plus fort de la pandémie de COVID-19, ce qui a eu des effets sur notre programme de chiens détecteurs. Heureusement, l’Australie fonctionne actuellement de manière plus ou moins normale, en comparaison avec d’autres pays dans le monde. Cela dit, l’Australie a dû se soumettre à des confinements de longue durée, notamment dans l’État de Victoria, où se trouve le NDDPF et où tout s’est arrêté pendant quatre mois. Il a fallu s’adapter aux circonstances :

  • les cours de formation ont été suspendus et reprogrammés et se sont déroulés dans des bulles afin d’éviter tout contact entre le personnel.
  • les activités d’élevage et de dressage ont été suspendues.
  • les affectations opérationnelles ont énormément diminué – l’accent a été mis pendant tout un temps sur la santé des chiens et sur le développement de leurs capacités.
  • les missions opérationnelles ont été redirigées vers les cargaisons maritimes et de courrier postal, loin des aéroports.
  • le dialogue et la coopération avec les partenaires, notamment avec le réseau des familles d’accueil, ont été assurés virtuellement.
  • le personnel a travaillé à domicile dans la mesure du possible – le télétravail n’était toutefois pas une solution réaliste pour les praticiens et c’est pourquoi des bulles de travail ont été constituées sur un vaste terrain.

Le personnel en charge du programme de chiens détecteurs s’est concentré sur la manière de se préparer au mieux à la reprise des activités afin de pouvoir répondre au quart de tour aux demandes qui lui seraient soumises une fois que l’Australie reviendrait à la normale.

L’ABF a entamé un partenariat avec l’Université d’Adelaïde afin de lancer une étude de faisabilité concernant la détection de cas de COVID par chien renifleur. Elle a ainsi fourni des chiens, a détaché son personnel technique et opérationnel et a mobilisé un soutien financier à cet effet. L’étude se fonde sur les travaux menés dans plusieurs autres pays du monde. La phase initiale, sous contrôle clinique, a montré que les chiens peuvent distinguer avec précision les échantillons de transpiration prélevés auprès de personnes testées positives de ceux d’individus testés négatifs pour la COVID-19.

La prochaine étape vise à vérifier l’hypothèse du chercheur principal, suivant laquelle les chiens détecteurs peuvent détecter la COVID à travers les composés organiques volatils durant la période infectieuse active mais non après la fin de cette période. Il est possible que les chiens de détection soient capables de fournir une indication plus précise sur la contagiosité d’une personne que les tests de réaction de polymérisation en chaîne (PCR) auxquels les gens se soumettent.

Si d’autres essais venaient à confirmer cette hypothèse, ces éléments de preuve permettraient d’affirmer dès lors que les chiens peuvent être utilisés pour aider à la réouverture des frontières australiennes dans le cadre de l’arsenal de mesures de contrôle mises en place. Les résultats de la prochaine étape des essais sont attendus pour fin juin 2021.

Résumé

Tous les programmes cynotechniques présentent des problèmes similaires à ceux rencontrés par l’ABF, que ce soit en matière d’élevage, de développement des capacités des chiens et de familles d’accueil. Un fondement qui semble pourtant essentiel dans la plupart des programmes est le fait de pouvoir compter sur une équipe d’agents compétents, dévoués et passionnés. Dans la chaîne des personnes impliquées, qui va des préposés aux animaux aux maîtres-chiens sur le terrain, tous jouent un rôle essentiel et d’une importance égale. La coopération avec les experts des agences et programmes partenaires et avec notre propre équipe contractuelle de vétérinaires est également indispensable. Tous ces éléments combinés contribuent à ce que nous puissions élever, dresser, entraîner et déployer des chiens détecteurs en pleine santé, capables d’accomplir leur mission avec succès.

En savoir +
ddps@abf.gov.au