Dossier: Destination données

Transformer la Douane dominicaine à travers une analyse des données efficace

25 février 2022
Par Carlos Canelo Cohen, responsable de l’informatique décisionnelle, Service de gestion de la planification stratégique et de l’analyse économique, Direction générale des douanes de la République dominicaine

Aujourd’hui, une grande partie de ce que nous faisons est source de données. Ces données peuvent être utilisées en temps réel grâce à des infrastructures hyperconnectées – c’est-à-dire des écosystèmes dans lesquels des appareils électroniques et informatiques de toutes sortes peuvent communiquer entre eux, en fonction des souhaits de chaque utilisateur -, aux capacités accrues de stockage et de traitement de données, à l’intelligence artificielle, à l’apprentissage automatique et aux réseaux de neurones artificiels. Les données peuvent être transformées en informations, puis traduites en renseignements pour nous permettre de prendre des décisions sur une base objective.

La Direction générale des douanes (DGA) de la République dominicaine a pris des mesures pour établir une culture des données en son sein et permettre une prise de décisions fondée sur l’analyse de ces données. À cette fin, elle a créé un Département chargé de la planification, de l’analyse économique, des statistiques et de l’informatique décisionnelle, qui a vocation à être le fer de lance de ce processus en rompant avec les méthodes plus traditionnelles.

Dans notre article intitulé « L’évolution de l’analyse des données au sein de la Douane dominicaine » (voir le n° 92 du magazine publié en juin 2020), nous avions expliqué avoir mis sur pied un entrepôt de données contenant des informations « pures » sur les importations et les exportations, ainsi qu’une base de données ventilant les perceptions de recettes par code tarifaire et par type de recettes.

Nous avions aussi indiqué que le Département avait mis au point plusieurs applications pour la collecte et l’analyse de divers types d’informations, en vue d’examiner de manière approfondie les flux commerciaux et de cerner le profil et le comportement des contribuables. Les données présentant un intérêt particulier incluaient : celles émanant de la Direction générale des recettes fiscales (DGII), celles relatives au temps nécessaire pour la mainlevée, les prix du marché, les informations sur les marchés, les données miroir et les données relatives à l’arrivée des conteneurs et au paiement des coûts associés.

Nous avions également annoncé que nous travaillions sur l’automatisation de l’étude sur le temps nécessaire pour la mainlevée des marchandises (TRS). Une première TRS avait été menée, conformément aux directives de l’OMD. Elle nous avait permis d’identifier les données critiques qui étaient recueillies par l’Autorité portuaire mais qui n’étaient jamais saisies dans le système de la DGA jusque-là, ou, en tout cas, pas de façon fiable.

Ensemble dans les temps

Depuis la parution de cet article, beaucoup de choses ont changé. En août 2020, une nouvelle équipe de gestion a pris les choses en main et s’est donné pour objectif de faire de la République dominicaine l’épicentre logistique par excellence de la région des Caraïbes.

Plan stratégique de la DGA 2022-2026
  • But : devenir une référence en matière de gestion et faire du pays un pôle commercial reliant la région des Caraïbes au reste du monde.
  • Mission : faciliter les échanges légitimes et protéger la société, tout en recouvrant les recettes et en garantissant la transparence.
  • Vision : promouvoir un développement économique efficace et inclusif.

Partant de la prémisse que le temps est un facteur décisif pour attirer de nouveaux volumes de marchandises et de nouveaux investissements étrangers, la DGA a lancé en juin 2021 le programme Despacho en 24 horas (D24H, soit « Mainlevée en 24 heures »), sous le slogan « Ensemble dans les temps ». L’objectif principal est de motiver tous les importateurs, quels que soient leur taille et leur secteur d’activité, à faire tout leur possible pour que leurs marchandises obtiennent la mainlevée en 24 heures tout au plus. Ce programme a été lancé au même moment où nous avons mis en place un nouveau moteur de risque et fait l’acquisition de nouveaux scanners dans les principaux ports du pays.

Si elle a été toujours importante, la mesure du temps nécessaire pour la mainlevée des marchandises est devenue essentielle dans le cadre du programme D24H. Le Département de la planification, de l’analyse économique, des statistiques et de l’informatique décisionnelle s’est par conséquent concentré plus récemment sur le développement d’applications qui permettent de mesurer automatiquement le temps nécessaire à une opération commerciale frontalière, depuis le moment où le navire jette l’ancre à un port dominicain jusqu’au moment où le véhicule transportant l’envoi quitte le port. Les données sont ensuite utilisées pour jauger les effets des mesures adoptées, détecter les goulets d’étranglement et promouvoir les réformes nécessaires afin d’améliorer le processus de dédouanement.

Méthodologie

Une réunion a été organisée avec les représentants de toutes les entités impliquées dans le processus de dédouanement, en vue d’examiner les avantages qui peuvent être tirés de la mesure du temps nécessaire pour la mainlevée du fret, la méthodologie à utiliser à cette fin et la portée du projet. Encouragés par cet exercice, les participants ont décidé de se réunir une fois par semaine. Ensemble, ils ont défini les diverses données qui devraient être recueillies et ont établi un protocole d’échange d’informations en temps réel avec deux opérateurs de terminal, DP World Caudeco et Haina International Terminals, ainsi qu’avec l’Association des lignes maritimes. Les renseignements des compagnies maritimes et des ports pouvaient alors être réceptionnés. En outre, une méthode a été mise au point pour collecter les données externes sur le mouvement des navires.

Ainsi, le Département de l’analyse économique et des statistiques a pu cartographier et automatiser le processus d’importation dans son intégralité, en suivant la méthodologie prônée par l’OMD dans son Étude sur le temps nécessaire pour la mainlevée des marchandises (TRS).

Constatations de la TRS

L’une des conclusions de la TRS menée en janvier 2021 est que, en moyenne, seuls 11,07 % des manifestes sont présentés 48 heures avant l’arrivée des bateaux au port par les compagnies maritimes. Ce chiffre est extrêmement bas et limite la capacité à planifier les activités portuaires.

L’étude a également établi que seuls 20,8 % des déclarations en douane sont déposés à l’avance, ce qui restreint la possibilité pour les agences frontalières de planifier leurs contrôles de manière efficace et, en définitive, d’accélérer le processus de mainlevée des marchandises.

Applis

Suivi des bateaux et du fret

L’objectif de cette application est de suivre la trace des bateaux en temps réel et de recevoir les manifestes des envois à l’avance. L’appli avait été créée en un temps record (littéralement du jour au lendemain) pour suivre un navire qui devait décharger 2 500 conteneurs au port de Caucedo. Elle a été modifiée par la suite pour inclure tous les navires jetant l’ancre aux ports dominicains.

Grâce à cette appli, la Douane peut :

  • déterminer l’heure d’arrivée prévue du navire ;
  • notifier les compagnies maritimes que les manifestes doivent être envoyés au moins 48 heures avant l’arrivée des bateaux ;
  • déterminer si les marchandises sont des articles à haut revenu ou à haut risque, en analysant les données du manifeste via le moteur de risque nouvellement déployé ;
  • contrôler l’efficacité du moteur de risque en calculant automatiquement les statistiques sur les taux d’inspections et leurs résultats.

Application D24H

L’application du programme « Mainlevée en 24 heures » (D24H) permet de suivre le processus de dédouanement du fret depuis le moment où le navire jette l’ancre jusqu’au moment où l’envoi quitte le port.

L’application peut être utilisée pour :

  • segmenter le processus de dédouanement des marchandises en neuf étapes différentes ;
  • analyser le processus de dédouanement en fonction de plus de 30 variables ;
  • filtrer les informations selon les types d’importateurs, de produits, de procédures (vérifications matérielles), entre autres ;
  • calculer le temps nécessaire pour la mainlevée des marchandises à chaque étape.

Mainlevée des marchandises par l’importateur

Cette application offre un aperçu du comportement de chaque importateur dans le processus de dédouanement. Elle permet de :

  • segmenter le processus de dédouanement en neuf étapes différentes pour chaque importateur ;
  • de filtrer les résultats en fonction de plus de 30 variables.

Incidence

Depuis le début du programme, le 1er juin 2021, jusqu’au 31 janvier 2022 :

  • 451 sociétés ont été accréditées OEA ;
  • 68 % des déclarations soumises par les OEA ont été traitées en moins de 8 heures ;
  • 17 137 conteneurs ont été libérés en moins de 24 heures ;
  • 4 049 importateurs ont recouru au centre de service au contribuable et ont reçu une réponse en moins de 24 heures ;
  • 68,5 % des importateurs qui ont reçu la mainlevée pour leurs marchandises en 24 heures ou moins sont des petites ou moyennes entreprises.

Toutes les applications offrent un tableau de bord convivial. Les analystes peuvent facilement créer des rapports et partager certaines informations avec les parties prenantes. Par exemple, les OEA reçoivent des données sur leurs transactions. Ceci a incité de nombreuses entreprises à demander la certification OEA.

Les processus gérés par d’autres agences présentes aux frontières n’ont pas encore été mesurés mais nous y travaillons en connectant nos applications à l’environnement de guichet unique. Dans les prochains mois, nous devrions pouvoir suivre les processus gérés par quelque 95 % de tous les acteurs impliqués dans l’importation des marchandises à travers l’application D24H et être en mesure de définir la façon de les améliorer.

Nous travaillons également avec la sous-direction de la technologie sur le développement d’une application mobile qui devrait permettre aux importateurs d’utiliser leur smartphone pour suivre leurs marchandises avant qu’elles n’arrivent au port jusqu’au moment où elles obtiennent la mainlevée.

Ces nouvelles applications ne sont qu’un exemple des nombreuses initiatives que nous avons lancées pour être à même de prendre des décisions fondées sur des données. Le fait de travailler sur des projets simples, qui sont plus susceptibles d’être couronnés de succès et d’aboutir à des résultats rapides, nous permet de convaincre notre direction de la valeur ajoutée qu’il y a à investir dans la collecte des données et dans les outils analytiques.

En cherchant à améliorer constamment ses procédures à travers une analyse des données efficace, la Direction générale des douanes de la République dominicaine peut aujourd’hui se définir comme une administration moderne.

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c.canelo@aduanas.gob.do
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