Panorama

Mon voyage incroyable au Japon à bord du « train SMIPRP »

Par Awa Nnenna Ugo, Service des douanes du Nigeria

Gratte-ciel aux élégants éclairages, tracés de routes fascinants et courbes s’entrelaçant avec habileté, formant parfois des dessins complexes : j’étais arrivée au Japon. Presque tous les panneaux de signalisation entre l’aéroport et la ville étaient ponctués d’un intrigant mélange de katakana, de hiragana et de kanji qui épelaient joliment des mots japonais que seuls les initiés pouvaient déchiffrer.

J’étais à Tokyo pour participer au programme 2016/2017 sur la gestion stratégique et les droits de propriété intellectuelle (SMIPRP) de l’Université Aoyama Gakuin (AGU). Le programme d’études est ouvert aux jeunes fonctionnaires des douanes dans le cadre du programme de développement des ressources humaines Japon-OMD. Il s’inscrit donc dans l’objectif de l’OMD visant à renforcer les capacités des administrations douanières partout dans le monde.

Le SMIPRP offre la possibilité de poursuivre des études de niveau master dans des domaines liés aux douanes, sur une période d’un an. Ces études débouchent, pour les lauréats, sur un diplôme de maîtrise en administration des affaires.

À mon arrivée au « pays du soleil levant », le personnel du Japan International Cooperation Center et des étudiants du SMIPRP en passe d’être diplômés m’attendaient à l’aéroport. Leur politesse exceptionnelle augurait d’un voyage qui s’annonçait enrichissant et remarquable à bord du « train SMIPRP ».

Outre le Nigeria, mon pays, les autres participants étrangers venaient d’Azerbaïdjan, du Bhoutan, d’Équateur, d’Indonésie, du Kenya, du Lesotho, de Papouasie-Nouvelle-Guinée, de Tanzanie et du Viet Nam. Quelle richesse ! En dépit de nos nombreuses différences, nous avions deux caractéristiques communes : c’était notre premier séjour au Japon et nous parlions tous anglais, ce qui facilitait grandement la communication. Nous étions en admiration devant les images et les sons qui nous parvenaient de Tokyo et face à la culture des autres. Nous nous sommes immergés dans la culture japonaise, nous nous sommes réconfortés les uns les autres pendant les tremblements de terre et nous avons construit des relations formidables entre nous. Plusieurs mois après l’obtention de nos diplômes, il ne se passe pas un jour sans que nous prenions des nouvelles les uns des autres sur les réseaux sociaux.

J’ai eu l’honneur d’être la première Nigériane à participer à ce programme de 12 mois très intensif qui présentait un juste équilibre entre activités académiques, professionnelles et sociales. Figuraient aussi à notre agenda des visites d’étude dans divers ports maritimes, aéroports et bureaux de poste, ainsi qu’au Centre national des Droits de Propriété Intellectuelle. Nous avons également rencontré des représentants de grandes marques telles que Sony, Honda, Toshiba et Samsung. En outre, nous avons eu l’occasion de participer à des sessions de formation et à des ateliers au Centre de formation régional de l’OMD et au Laboratoire régional des douanes.

Le programme universitaire comportait des cours très bien structurés sur les droits de propriété intellectuelle (DPI), les systèmes d’échanges multilatéraux, la gestion, la stratégie de développement international, la stratégie concurrentielle, les statistiques, le comportement organisationnel, la pratique douanière, ainsi que la réforme et la modernisation des douanes. Les instructeurs des douanes étaient d’excellents agents des douanes, en activité ou à la retraite, dont la plupart étaient des experts accrédités par l’OMD dans divers domaines, et des négociateurs chevronnés de l’OMC. Nous avons également rencontré des professionnels d’une grande finesse, tous des gestionnaires d’entreprises prospères, ayant une riche expérience de l’administration publique et des douanes à l’échelle internationale.

Des salles de classe aux rues de Tokyo, durant mes séances d’apprentissage du maniement des baguettes et de dégustation de thé – mes moments préférés – j’ai découvert des choses formidables. Chaque organe sensoriel que j’ai déployé m’a renvoyé des trésors d’expériences touchant au nationalisme, à la résilience, à la préparation aux catastrophes, à la retenue, à un fort sens de l’engagement en faveur des tâches assignées, à la passion, au travail acharné, à la précision, à la beauté, à l’harmonie, à la ponctualité, à la propreté, à l’excellence, à la créativité, à la politesse, à la gentillesse, à la compassion, à l’humilité, à l’intégrité, et je pourrais continuer cette liste encore longtemps

« Le programme d’études a eu des retombées exceptionnelles. Ma productivité et mon efficacité au travail ont grandement augmenté depuis mon retour au Nigeria. »

Je me souviens m’être souvent retrouvée assise en classe avec d’autres étudiants, et avoir eu le sentiment que tout le monde, à part moi, comprenait le cours. Mon attitude a alerté le conférencier quant à mon malaise et, après quelques questions, il m’a inscrite à des « cours particuliers de rattrapage » pour m’aider à surmonter mes difficultés. Ce geste, quoiqu’inhabituel, m’a été très agréable, et il atteste la volonté qu’ont les conférenciers de soutenir les étudiants de toutes les manières possibles, de les aider à maintenir le cap. Leur objectif est d’avoir un impact sur les connaissances, pas simplement de lire leurs notes.

Ce parcours n’a néanmoins pas toujours été de tout repos. Au début, la barrière de la langue a rendu la vie quotidienne assez compliquée. À vrai dire, comme je ne lisais pas le japonais, faire les courses et manger au restaurant étaient un véritable défi. Puis j’ai appris à demander de l’aide et à utiliser l’application de traduction de mon téléphone. Une carte SIM japonaise compatible Internet ou un « pocket wifi » est donc une nécessité. L’accès à une application cartographique m’a également aidée à me familiariser avec le système de transport public japonais.

Le programme d’études a eu des retombées exceptionnelles. Ma productivité et mon efficacité au travail ont grandement augmenté depuis mon retour au Nigeria. Compte tenu de ma mission actuelle en tant qu’officier technique au sein de l’Unité DPI, chargée de promouvoir les relations entre les douanes et les titulaires de droits et de rédiger des modules de formation aux DPI pour les agents de première ligne, j’ai dû me référer à de nombreuses reprises à mes cours SMIPRP. Ceci m’a permis d’affiner mon travail et de participer efficacement à l’élaboration du plan stratégique 2018-2021 du Service des douanes du Nigeria. Mes supérieurs continuent à m’appeler « la Japonaise », du fait de ma capacité à m’acquitter de mes tâches de manière simple, avec un haut degré de qualité et sans retard – des caractéristiques qui sont respectées et admirées au Japon, et qui se sont renforcées pendant mon séjour dans ce pays.

Lors de ma dernière matinée à Tokyo, le 28 mars 2017, quelques jours après avoir reçu mon diplôme de maîtrise en administration des affaires, au terme d’un voyage qui a élargi mon horizon et développé mon intelligence émotionnelle, je me suis lancée dans une aventure solitaire au parc d’Ueno pour apercevoir les fleurs de Sakura, encore clairsemées en ce tout début de printemps. Sur le chemin, j’ai fait un détour par rapport à mon trajet habituel vers le parc et j’ai trouvé des boutiques et des restaurants que je n’avais encore jamais remarqués. Il est impossible de voir tout Tokyo, même en y restant quelques mois. Les yeux remplis de larmes de nostalgie, j’ai compris qu’il faudrait que je revienne.

Longue vie au Japon !

Ichi-go Ichi-e !

 

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scholarship@wcoomd.org

 

À propos du programme de bourses d’études

Deux types d’études de niveau master sont proposés dans le cadre du Programme de développement des ressources humaines Japon-OMD :