Dossier

Normaliser les plateformes et s’adapter aux dernières solutions technologiques : la voie de l’avenir

Par Steven Pope, vice-président chargé des questions douanières et règlementaires, DHL Express Europe & président du Comité douanier de la Global Express Association

La technologie évolue à un rythme qui semble toujours plus soutenu, ouvrant la voie à des discussions qui vont des voitures autonomes à l’avenir de l’emploi ou encore du commerce. Si les voitures n’en sont pas encore arrivées à se conduire elles-mêmes, le commerce international a connu un véritable bouleversement dans la manière dont nous effectuons nos achats. Je veux, bien entendu, parler du commerce électronique. Il y a quelques années seulement, nous allions tous faire nos emplettes dans une des rues commerçantes de la ville ou dans l’un des centres commerciaux locaux. Aujourd’hui, nous achetons en ligne et nos achats nous sont livrés au pas de la porte en quelques jours seulement, voire en quelques heures. Ce changement a pour résultat une augmentation du mouvement de petits envois isolés par rapport aux envois en vrac transportés par conteneur.

Cette réalité offre autant d’opportunités qu’elle ne crée de défis. Dans l’industrie du courrier exprès, nous avons dû adapter notre principal modèle de livraison d’entreprise à entreprise (B2B) pour pouvoir offrir de plus en plus un service de l’entreprise au consommateur (B2C) afin de livrer les colis à leurs destinataires finaux, chez eux ou ailleurs. Le commerce électronique s’étant accru à très grande vitesse, le secteur du courrier exprès a consenti d’énormes investissements dans le but de répondre à cette croissance, en ajustant tant ses modèles de livraison que ses réseaux.

Avant l’explosion du commerce électronique, le secteur des envois exprès servait principalement un marché B2B qui exigeait de nos services de messagerie qu’ils enlèvent un volume important de colis à une adresse commerciale donnée pour livrer plusieurs envois à une autre adresse commerciale au point de destination. Le modèle B2C a changé la donne, en particulier au point de livraison finale, exigeant des services de livraison de procéder à plusieurs arrêts, souvent pour ne livrer qu’un colis à  chaque endroit, et ce, à des adresses privées et non plus commerciales, le grand défi étant de s’assurer que quelqu’un soit là pour réceptionner le colis.

Loin de remplacer nos activités traditionnelles de B2B, cette nouvelle modalité est venue s’y greffer, de sorte que nous avons eu à gérer ce changement évolutif dans des conditions où le volume des envois entrant dans nos réseaux ne cesse d’augmenter rapidement. L’industrie du courrier exprès est un secteur novateur, une plaque tournante où se rejoignent de vastes réseaux aériens et routiers, des services d’enlèvement et de livraison ainsi que des services de TI de masse pour créer une seule chaîne logistique intégrée et sûre, mue par les besoins de ses clients.

Il est essentiel pour nous d’assurer un équilibre entre notre modèle B2B traditionnel et le modèle B2C qui exige la mobilisation de davantage de ressources, et c’est à ce niveau que la technologie et un sens visionnaire de l’innovation jouent un rôle fondamental, en particulier au niveau de la TI. La question qui se pose à nous à présent est de savoir ce que nous pouvons faire pour assurer l’intégrité de notre chaîne logistique afin que nos clients reçoivent leur colis (pour autant que ce dernier soit conforme aux règlementations en vigueur) chez eux à temps.

Le fait de disposer d’un réseau intégré constitue un énorme avantage ; cela étant, le secteur du courrier exprès a renforcé ce réseau à travers des systèmes informatiques et de contrôle sophistiqués mis au point et incorporés à notre chaîne logistique par des experts expérimentés et bien formés. Celles et ceux qui côtoient nos délégués aux réunions de l’OMD et d’autres instances connaissent leur niveau de compétences et d’expertise. Certains ont peut-être même travaillé avec eux en tant que collègues dans le secteur public.

Notre secteur d’activité a su établir le lien entre ce vivier d’expérience et une culture d’entreprise basée sur la capacité et la volonté de s’adapter à un monde en constant changement, ce qui lui permet aujourd’hui de prospérer. L’automatisation joue un rôle fondamental pour nous permettre de garantir qu’un paquet enlevé à Hong Kong le soir soit livré le lendemain matin à New York. En utilisant la technologie des codes-barres, un envoi est suivi du début jusqu’à la fin à travers le globe et chaque étape de son parcours de livraison est consigné dans un registre central.

Quiconque visite l’une de nos plateformes de correspondance verra un lecteur de codes-barres à six faces (conçu pour lire le code-barres quelle que soit la position du colis sur le tapis), qui enregistre l’arrivée d’un colis au centre ainsi que les informations sur la lettre de transport connexe, indiquant, entre autres d’où vient le paquet et où il va. La lecture du code ordonne au système de diriger l’envoi individuel vers un circuit spécifique afin de s’assurer qu’il soit envoyé vers un conteneur pour transport au niveau national, ou vers la douane pour inspection, ou encore qu’il soit retenu afin d’être soumis à d’autres contrôles éventuels. Cette dernière option n’est toutefois possible que si des systèmes de dédouanement électroniques sont en place, capables de communiquer avec nos propres systèmes et de générer un message de rétention.

Des processus axés sur l’intégrité sont en place, tels que les contrôles de sécurité par rayons X ou encore les vérifications concernant l’expéditeur ou le destinataire qui visent à vérifier s’ils ont commis d’éventuelles infractions, s’ils sont soumis à des sanctions commerciales ou s’ils sont repris dans les listes des parties interdites de commerce. Au niveau du client, nous avons adapté notre technologie mobile pour offrir des plages de livraison afin de nous assurer notamment que quelqu’un soit bien à la maison lorsque le colis arrive. Nous avons aussi adapté nos modes de livraison en créant nos propres casiers placés à des points stratégiques des villes, ou encore en organisant des points d’enlèvement dans certains magasins. La notification se fait souvent par une appli, par courriel ou par SMS, selon les préférences des clients.

Toutes ces évolutions exigent une chose : la normalisation des plateformes et l’adaptation aux dernières solutions technologiques disponibles. L’industrie du courrier exprès regorge de données et ces dernières permettent d’établir un journal de bord, enregistrant l’itinéraire suivi par un envoi, en assurant ainsi l’intégrité tout au long de la chaîne logistique. Toutefois, pour des organes de règlementation comme les autorités douanières, cette mine d’informations n’a pas énormément de valeur en l’absence d’un moyen normalisé et mis à niveau qui permette de recueillir et d’interpréter ces données. L’utilisation du plein potentiel de nos données exige une coopération plus étroite entre les décideurs politiques et le secteur du courrier exprès ; or, si cette coopération existe bel et bien au niveau international à travers l’OMD, elle doit encore être affinée avec les douanes au niveau national et régional. Ce constat vaut pour notre secteur dans son ensemble.

En tant que telle, notre industrie est un partenaire curieux et orienté sur les résultats. Nous recherchons toujours de meilleures manières de coopérer avec nos interlocuteurs afin de partager les connaissances et d’accroître la compréhension de nos priorités respectives. Il n’existe probablement pas de meilleur exemple que la mise au point du programme de sélection préalable du fret aérien ou ACAS (de son acronyme anglais), qui est le nom attribué par les États-Unis de ce que l’on connaît à l’OMD sous le nom de programme de renseignements préalables concernant le fret avant chargement (RPCF-AC). Ce programme enjoint le secteur privé de soumettre aux services gouvernementaux un jeu de données réduit avant chargement du fret aérien afin d’évaluer les risques et de détecter une éventuelle menace terroriste, comme un colis piégé.

Le programme a débuté en décembre 2010 et l’industrie du courrier exprès a montré le chemin en menant un projet pilote visant à transmettre les données au Service de la Douane et de la protection des frontières (CBP) et à l’Administration de la sécurité des transports (TSA) des États-Unis. Le dialogue ouvert entre les parties et leur engagement pour trouver une manière pratique et efficace de mettre en œuvre le programme de contrôle des données relatives au fret aérien a rendu possible la mise au point d’un mécanisme bon marché mais efficace permettant aux autorités de vérifier les données rapidement et simplement. La transparence entre la douane et les transporteurs a contribué à rendre le programme adaptable et l’intérêt commun des parties prenantes à garantir la sécurité a encouragé la participation et la coopération. Il en résulte un programme abouti qui, grâce à la technologie, maximise l’utilisation des données et l’évaluation précoce des risques, sans entraver pour autant les flux du commerce.

Dans les années à venir, la technologie continuera de jouer un rôle croissant dans l’intégrité de la chaîne logistique : les chaînes de blocs représentent un progrès encore plus important pour la mise à disposition et pour l’utilisation de données afin d’assurer l’intégrité d’un envoi le long de la chaîne logistique et, aujourd’hui, nous nous penchons sur la manière d’exploiter au mieux cette innovation technologique.

Pour exploiter au mieux les possibilités qu’offrent les progrès technologiques, il est indispensable de procéder à des investissements tant au niveau du secteur public que du secteur privé ; ces coûts deviennent insignifiants, toutefois, comparés au prix qu’il faudra payer si les systèmes ne sont pas harmonisés, ou pire encore, si nous ne nous adaptons pas au futur en temps opportun.

Internet a changé nos vies quotidiennes et le monde est devenu plus petit grâce aux systèmes harmonisés qui permettent aux personnes de chercher des informations, de réserver une chambre d’hôtel ou d’acheter un produit n’importe où dans le monde. La nature des processus commerciaux s’est mondialisée et les procédures douanières doivent suivre cette tendance.

L’OMD a pris acte de cette réalité il y a longtemps déjà et a entamé une coopération avec le secteur privé à cet effet, à travers le Groupe consultatif du secteur privé (GCSP), pour lancer des programmes tels que le Cadre de normes SAFE visant à sécuriser et faciliter le commerce mondial, la Convention de Kyoto révisée et, bien sûr, les discussions sur le commerce électronique.

Le simple fait que nous ayons été invités à écrire un article atteste de l’engagement de l’OMD en faveur de la co-création et d’une collaboration étroite avec ses différents partenaires et nous nous réjouissons de poursuivre ce partenariat, au bénéfice tant du secteur public que privé.

 

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