Panorama

Témoignage : être expert associé à l’OMD

Par Maurice Emiola Adéfalou, Directeur de la législation et des relations internationales, Douane du Bénin

Après dix ans de carrière à divers postes au sein de la Douane du Bénin, j’ai senti le besoin d’aller m’outiller à l’OMD afin de mieux comprendre les normes et le fonctionnement de l’Organisation et de réaliser mon rêve de travailler pour une organisation internationale, ne serait-ce que quelques mois. En 2016, quand l’appel à candidatures pour le Programme de développement de carrière avait été lancé, j’ai donc voulu postuler.

J’étais alors à la tête du service d’intervention rapide, aussi appelé « brigade mobile » en charge de l’Atlantique et du littoral, ainsi que porte-parole de mon administration. Je connaissais déjà le Programme de développement de carrière qui, faut-il le rappeler, est une initiative du secrétariat de l’OMD financée par l’Administration des douanes du Japon qui permet aux cadres de pays en développement de travailler durant dix mois au siège de l’institution à Bruxelles.

Lorsque j’ai informé mon Directeur Général de mon vif intérêt pour ce programme, il a été tout d’abord surpris, puis, comprenant les bénéfices que je pourrais tirer de cette expérience, a appuyé mon dossier par une lettre de recommandation. Ma démarche a été concluante et j’ai été sélectionné.

Du rêve à la réalité

J’ai rejoint le siège de l’OMD à Bruxelles en septembre 2016 et intégré l’équipe chargée du programme sur les droits de la propriété intellectuelle, la santé et la sécurité (équipe DPI) au sein de la Sous-Direction « contrôle et lutte contre la fraude ». Le premier défi était d’améliorer mon niveau en anglais et je me suis tout de suite inscrit aux cours qu’offrait l’OMD aux cadres qui le désiraient. Le deuxième défi était de me familiariser avec le mode de fonctionnement de l’institution et son code de conduite.

Je me suis vite intégré au groupe d’experts associés constitué cette année-là de représentants de l’Angola, du Bélize, du Bangladesh, du Cambodge, du Sénégal, de la Mongolie, de la Guinée, de l’Ukraine et du Mexique. L’équipe de coordination du programme était aux petits soins et répondait à toutes nos préoccupations. Nos anniversaires étaient célébrés et j’étais très sensible à ces petites attentions. Tous les mois, nous avions une réunion pour faire le point sur nos activités au sein de nos directions respectives. Ceci permettait à l’équipe de coordination de se faire une idée de notre progression et de pouvoir nous conseiller sur la manière de profiter au mieux sur le plan professionnel de notre séjour à l’OMD.

Une opportunité en or

Revenons au volet strictement professionnel. J’avais des responsabilités au sein de mon administration et avais occupé des postes d’importance, mais, avant mon départ, j’ai dû revoir bien des matières pour me remettre à niveau car les questions douanières sont très vastes et les domaines couverts par l’OMD le sont encore davantage.

J’avais choisi de travailler à l’OMD dans le domaine des DPI et ma première tâche à l’OMD fut d’assister l’équipe DPI à préparer la réunion du Groupe de travail sur la contrefaçon et le piratage. J’ai donc très vite été mis à contribution. Le rythme de travail était intense. Il fallait faire des traductions et des recherches, corriger des lettres et rendre compte de mes activités à mon tuteur, tuteur auprès duquel je pouvais me tourner si je rencontrais des difficultés et qui avait toujours un mot d’encouragement. La réunion du Groupe de travail s’est bien passée. Ma contribution ne s’est d’ailleurs pas limitée à sa préparation puisque j’ai été sollicité pour faire une présentation au nom de la Douane du Bénin, cette dernière n’ayant pu envoyer de représentant pour la réunion. Prendre la parole devant une si grande assemblée à l’OMD afin de partager l’expérience de son pays a été très enrichissant.

Parallèlement, l’experte opérationnelle au sein de l’équipe DPI a requis mon aide dans la préparation d’un atelier d’accréditation au profit des pays de la région Asie/Pacifique. Comme il est de règle à l’OMD, les accréditations se font en étroite collaboration avec la Direction du renforcement des capacités et l’experte travaillait donc en binôme avec un collègue de cette Direction. Tous deux s’exprimaient majoritairement en anglais et leur débit était tellement rapide qu’il m’était difficile de comprendre leurs propos. Je ne me suis pas pour autant laissé abattre et, déterminé à prouver ma valeur, j’ai su m’adapter. J’ai pu gérer, avec le soutien des deux experts, la coordination administrative de ce dossier. Je devais répondre à tous les courriels en anglais et gérer les dossiers des participants à l’atelier. Sur proposition des experts de l’OMD, j’ai joué le rôle de facilitateur durant cet atelier qui a eu lieu en Chine, à Shanghai, en décembre 2016 et qui s’est déroulé en anglais.

Ayant été associé à toutes les étapes préparatoires, j’ai beaucoup appris de cette expérience : travailler en équipe dans un environnement international, instaurer une véritable conversation où chacun ne partage pas seulement ses idées mais écoute et prend en compte le point de vue des autres membres de l’équipe. Le travail en équipe est une exigence de l’OMD et reste le levier essentiel pour la réussite des missions de l’institution.

De retour de Shanghai, je passais encore quelques jours au siège de l’OMD pour rédiger mon rapport de mission avant de retourner au Bénin pour les congés de Noël. Une agréable surprise m’attendait à mon arrivée : tout le personnel de la Direction du Contrôle et de la Facilitation s’était réuni pour célébrer la naissance de mon benjamin, né quelques jours auparavant. J’ai été touché par cette nouvelle marque d’attention qui témoigne de la solidarité qui existe entre douaniers, même à l’international.

À mon retour à Bruxelles, du travail m’attendait. Il fallait progresser dans la rédaction du rapport d’étude que chaque participant du programme doit réaliser et m’acquitter des nouvelles tâches que me confiaient les membres de l’équipe DPI. Je devais aussi participer à l’organisation d’opérations de lutte contre la fraude, à savoir ACIM, PANGEA et PEGASUS, sans oublier la préparation de la 35ème session du Comité de la lutte contre la fraude.

Durant mon séjour, je me suis également familiarisé avec le Réseau douanier de lutte contre la fraude (CEN), un dépositaire central d’informations liées à la lutte contre la fraude dont le but est de  favoriser la production d’analyses et de renseignements pertinents suite à l’analyse des données de saisies rapportées par les administrations. J’aidais notamment mon collègue sénégalais à renseigner les saisies de drogue opérées dans le cadre des opérations COCAIR de l’OMD.

J’ai aussi eu la chance de prendre part pendant deux semaines au cours intensif de l’OMD sur le leadership et le management. Ce fut un moment exceptionnel, mêlant remise en question et apprentissage. Ce cours a créé un réel déclic en moi. Il m’a permis de mesurer mes forces et de prendre conscience de mes limites, de mieux me connaître pour être un véritable vecteur de changement dans mon administration.

Au terme de leur séjour, les experts associés font un voyage d’étude au Japon, autre moment mémorable. Nous avons présenté chacun notre rapport d’étude en anglais devant les hauts responsables de la Douane japonaise qui nous ont fait part de leurs remarques et observations. Nous avons aussi eu  la chance de faire des visites culturelles. Mon coup de cœur dans ce beau pays a été la visite de la merveilleuse ville de Kyoto.

Nous avons également visité les installations douanières du port de Rotterdam, aux Pays-Bas, où nous avons pu apprécier les innovations apportées à la gestion opérationnelle douanière de l’un des plus grands ports d’Europe. Enfin, je ne saurais oublier les sorties récréatives organisées par l’équipe de coordination du programme pour nous faire découvrir les restaurants et autres endroits intéressants de Bruxelles.

J’ai présenté mon rapport d’étude devant les hauts représentants du secrétariat de l’OMD en juin 2017 et le programme a pris fin en juillet. J’ai eu l’honneur d’avoir à mes côtés l’Ambassadeur du Bénin à Bruxelles le jour de la remise de nos certificats. Quelques jours avant de quitter Bruxelles, j’ai appris que j’étais promu Directeur de la Législation et des Relations Internationales (DLRI). Je ne pouvais espérer mieux, car le poste implique de maintenir un lien étroit avec l’OMD.

Le retour

De retour au pays, je devais réorganiser un service dans lequel j’avais fait mes premiers pas en tant que jeune inspecteur des Douanes fraîchement sorti de l’École. L’une de mes missions était de renforcer les liens entre mon administration et l’OMD afin de tirer parti des normes et pratiques diffusées par l’organisation et de pouvoir bénéficier au maximum de ses programmes et activités.

Avec le soutien de mon Directeur général, nous avons décidé de faire de la participation aux réunions de l’OMD une de nos priorités et il n’est pas rare qu’il aille voir en personne le Ministre pour obtenir son aval à ce sujet. J’ai d’ailleurs été élu Vice-Président du Comité de gestion de la Convention de Kyoto révisée, instrument par excellence sur la simplification et l’harmonisation des régimes douaniers.

J’ai également participé activement à la 14ème réunion du Groupe de travail sur la contrefaçon et le piratage en novembre 2017 en présentant l’expérience du Bénin en matière de collaboration entre la douane et les autorités sanitaires au cours d’opérations de lutte contre la fraude. J’ai été nommé Président du Groupe lors de sa dernière réunion en décembre 2018. J’ai aussi représenté mon Directeur général en décembre 2017 à la session du Conseil de l’OMD, instance suprême de décision de l’organisation. Je suis toujours ravi de revenir à Bruxelles et de pouvoir améliorer ma compréhension des normes et du fonctionnement de l’OMD.

J’entends également faire partie du groupe d’experts auxquels l’OMD peut recourir pour mener ses missions de renforcement des capacités. En février 2017, j’ai été retenu pour prendre part à un atelier d’accréditation dans le cadre du Programme sur les pratiques opérationnelles douanières en matière de lutte contre la fraude et de saisies (COPES). Le programme couvre les questions de sécurité aux frontières, le recueil de la preuve, les saisies, les investigations et les poursuites. Bien que toutes les administrations des douanes ne soient pas dotées de pouvoir d’enquête judiciaire, elles ont toutes vocation à être bénéficiaires du programme étant donné qu’elles font partie intégrante de la chaîne pénale douanière. Au terme d’une sélection très rigoureuse, j’ai été retenu. Il fallait encore, pour finaliser le processus d’accréditation, que j’anime un atelier COPES national. Ceci a été fait en septembre 2018. Je suis le premier expert africain accrédité au Programme COPES.

Dans un autre registre, témoignant de sa volonté à s’impliquer dans les travaux et activités de l’OMD, la Douane béninoise a accueilli en septembre 2018 l’atelier organisé dans le cadre de l’Opération MIRAGE qui ciblait les médicaments contrefaisants et illégaux dans 15 ports africains. L’atelier fini, la phase opérationnelle de l’opération commençait et je partais pour le Togo sur demande de l’OMD pour assister les douaniers participant à l’opération en qualité d’expert opérationnel.

Toujours en matière de droits de propriété intellectuelle, j’ai tout récemment participé à la conférence internationale « Respect de la propriété Intellectuelle – En croissance depuis la pointe de l’Afrique » organisée en Afrique du Sud par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Lors d’une session dédiée aux défis rencontrés par les organismes chargés de faire respecter les DPI aux frontières et aux mécanismes de collaboration entre parties prenantes, j’ai présenté les initiatives prises par la Douane du Bénin pour protéger les DPI.

Le travail ne manque pas au niveau national et je dois parfois décliner certaines offres. Je gère notamment le « Comité du scanner » et le « Comité de la sélectivité et la mise en œuvre du programme des Opérateurs Économiques Agréés ». En outre, forts du soutien de notre Directeur général, mes collaborateurs et moi-même avons mis à la disposition des usagers deux publications, à savoir « Les mesures douanières contenues dans la loi de finances » et le « Guide pratique des droits et taxes perçus au cordon douanier en République du Bénin ».

Tremplin

Participer au programme de développement de carrière m’a permis de relancer ma carrière et d’ouvrir mes horizons. Grâce aux connaissances et savoir-faire acquis, je peux apporter ma modeste contribution aux réformes en cours dans mon pays. J’ai développé un grand réseau relationnel et je suis à même de solliciter mes anciens collègues si j’ai besoin de conseils et d’un retour d’expérience.

Je recommande vivement ce programme à tous les jeunes de mon administration et de ma région. Ils en sortiront, j’en suis sûr, plus forts et plus confiants. Je tiens, enfin, à remercier le secrétariat de l’OMD et le gouvernement du Japon pour la mise en place de ce programme dont la pertinence n’est plus à démontrer et qu’il sied de pérenniser.

 

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careerdevpro@wcoomd.org