Panorama

Commerce illicite des espèces sauvages : aperçu des évaluations aéroportuaires

Par Roux Raath et Felix Duarte e Silva, Programme sur l’environnement, OMD

Les études montrent que le transport aérien est devenu un moyen de transport de prédilection pour les délinquants cherchant à faire passer d’un pays à l’autre des produits illicites en lien avec les espèces sauvages. Le transport aérien est non seulement rapide et pratique mais il permet également de répartir de gros envois en plus petits colis, réduisant ainsi les pertes en cas de détection.

Plusieurs initiatives ont été entreprises pour pallier cette menace, dont le Partenariat ROUTES (acronyme anglais de Reducing Opportunities for Unlawful Transport of Endangered Species), fondé en 2015 par l’Agence des États-Unis pour le développement international et dirigé par TRAFFIC, une organisation non gouvernementale se focalisant sur le commerce d’espèces sauvages, leur protection et le développement durable.

Le Partenariat ROUTES vise à aider le secteur du transport dans ses efforts pour réduire le trafic illicite d’espèces sauvages par voie terrestre, maritime et aérienne. Sous ses auspices, des représentants d’agences gouvernementales, de l’industrie du transport et de la logistique, d’organisations internationales de protection de l’environnement et de donateurs collaborent sur des activités diverses. L’une de ces activités a trait à la conduite d’évaluations techniques aux aéroports internationaux qui visent à sensibiliser les principaux acteurs concernés aux abus potentiels dont peuvent faire l’objet les services de fret aérien de la part des délinquants et à évaluer la pertinence des procédures en place afin d’atténuer la contrebande d’espèces sauvages.

Ces évaluations sont entreprises par des experts de l’OMD et de l’Association internationale du transport aérien (IATA) et ont pour but de relever les domaines pouvant être améliorés et les manières de procéder à cet effet, avec ou sans l’assistance spécifique d’experts du Partenariat ROUTES. L’initiative vise également à encourager le partage de bonnes pratiques et à mobiliser l’engagement et les ressources nécessaires pour endiguer le trafic d’espèces sauvages.

Questionnaire

Afin de mener ces évaluations, les experts ont mis au point un questionnaire qui se fonde sur des outils existants couvrant des questions similaires et qui a été mis à l’essai au cours de deux évaluations qui se sont déroulées en 2016. Le document d’évaluation réalisé à partir du questionnaire comporte un récapitulatif, des informations de contexte détaillées, les conclusions de l’exercice d’évaluation en soi et des recommandations. Outre les structures en place, les domaines suivants sont également soumis à une appréciation :

  • la législation, les politiques générales et les procédures ;
  • le niveau de sensibilisation ;
  • les ressources humaines ;
  • les mesures de sécurités relatives au commerce illicite d’espèces sauvages ;
  • la capacité opérationnelle ;
  • la coordination et la coopération ;
  • le renseignement et la gestion des risques ;
  • la technologie ;
  • les contrôles ;
  • les enquêtes et les mesures à prendre suite à une saisie.

Toutes les parties prenantes présentes à l’aéroport sont évaluées, parmi lesquelles les autorités de l’aviation civile, les services chargés de la sécurité de l’aviation, les sociétés de service d’escale, les compagnies aériennes, les forces de police locales, les autorités nationales chargées de la protection des espèces sauvages (si elles existent), les services de fret, les fournisseurs de services privés, les gestionnaires d’entrepôts douaniers, les manutentionnaires et les autorités douanières.

Aéroports couverts

Les aéroports choisis jusqu’à présent aux fins de l’évaluation sont régulièrement utilisés par les trafiquants selon les renseignements recueillis à ce jour. La participation reste, toutefois, volontaire. À ce jour, des évaluations ont été menées aux aéroports suivants :

  • Aéroport international de Maputo, au Mozambique (2016)
  • Aéroport international de Hanoï, au Vietnam (2016)
  • Aéroport international d’Entebbe, en Ouganda (2017)
  • Aéroport international Jomo Kenyatta, au Kenya (2018)
  • Aéroport international de Kuala Lumpur, en Malaisie (2018)
  • Aéroport international Hamad, au Qatar (2018)
  • Aéroport international Oliver R. Tambo, en Afrique du Sud (2018)

Principales conclusions

Les résultats des évaluations sont partagés avec les acteurs pertinents au niveau national et ne sont pas rendus publics. Toutefois, les observations suivantes peuvent être formulées, compte tenu de leur nature transversale et de leur pertinence pour la plupart des aéroports sondés :

  • il reste nécessaire de sensibiliser toutes les parties prenantes aux problématiques liées au commerce illicite d’espèces sauvages, en particulier à l’implication du crime organisé et à l’impact sur l’économie, sur la survie des espèces, sur les écosystèmes et sur la gouvernance.
  • une formation spécialisée est nécessaire pour la plupart des parties prenantes afin de leur permettre de détecter les espèces de faune et de flore sauvages et leurs parties ainsi que les produits illicites fabriqués à partir d’espèces menacées. Les programmes de formation nationaux pour le personnel des services répressifs doivent être améliorés à cet égard. Pour ce qui a trait aux acteurs du secteur privé, une formation de base en matière de reconnaissance des espèces et de leur manutention s’impose.
  • des outils de communication concernant ce problème doivent être mis au point, tant pour le personnel que pour les voyageurs.
  • des instruments technologiques, tels que des scanners à rayons X, ou encore des équipes de chiens détecteurs devraient également être déployés et utilisés lors du contrôle de bagages et de voyageurs, dans la perspective de lutter contre le commerce illégal d’espèces sauvages.
  • la lutte contre le commerce illicite d’espèces menacées doit également devenir un domaine prioritaire pour les cadres supérieurs des agences chargées de la lutte contre la fraude et doit faire l’objet de discussions approfondies lors des réunions interservices.
  • la législation doit être adaptée afin de permettre l’échange d’informations et de renseignements entre services chargés du respect de la loi ainsi qu’avec les autres partenaires pertinents.

Et à l’avenir ?

Deux autres évaluations sont prévues pour 2019. En outre, les experts de l’OMD et de l’IATA se penchent actuellement sur des méthodes novatrices qui pourraient permettre de résoudre deux questions spécifiques : comment s’assurer que les pays adoptent les mesures adéquates pour mettre en place les recommandations de l’évaluation technique et comment fournir le soutien nécessaire aux différentes parties prenantes, en particulier aux douanes.

En savoir +
enforcement@wcoomd.org